Une fois n'est pas coutume : les 4, 5 et 6 décembre 2025, Prun' délocalisait ses studios à Rennes, à l'occasion des Rencontres Trans Musicales.
Chaque année "Les Trans" font le pari d'un festival hivernal sans tête d'affiche, dans l'idée de faire découvrir aux spectateurices les tendances musicales de demain. Pari remporté depuis 47 éditions comme l'attestent les groupes passés par là : Björk, Lenny Kravitz, Stromae, Nirvana... et plus récemment, Zaho de Sagazan ou encore Miki, ont toustes foulé les scènes des Trans avant d'atteindre leur renommée actuelle.
Focus sur quelques interviews de Prun' avec les artistes mis·es en lumière lors de cette édition 2025 des Trans Musicales !
JEUDI
Invité·es dans l'émission : Asfar Shamsi - Odoneila - Camion Bip Bip - Fidju Kitxora - Lynx IRL
Top départ pour cette première émission aux Trans 2025 ! On démarre avec une interview de la chanteuse et rappeuse Asfar Shamsi, Strasbourgeoise de 26 ans, qui a fait un virage à 180° après des études de Sciences Politiques.
Elle se livre au micro de Jade à propos du paradoxe entre la façon dont elle se dévoile à son public, et la difficulté de partager sa musique à ses proches.
Quand j'ai commencé à faire des concerts je me suis rendue compte que ça permettait de faire du lien, de vivre des moments ensemble, de fédérer. Ça rapproche et on a besoin de ça en ce moment parce que les temps sont durs. D'avoir ces espaces là, d'humanité, ça fait du bien.
Ce même jour nous recevions en plateau le groupe de trash pop féministe Camion Bip Bip. Leurs titres volontairement provoc' et engagés feraient fuir les mascus, nous, on adore ! Les Spices Girls version queer ont enflammé le Parc Expo le soir même. Rencontre au micro de Mélanie.
On s'est tapé un petit trip introspectif cette année. Après avoir fait beaucoup de sons de manif' et de colère, et de revendications, on avait envie avec cet EP de faire des câlins à tout le monde.
Dernier extrait de ce premier jour d'émission : le musicien à la tête du projet Fidju Kitxora, au micro d'Adélaïde. De Lisbonne au Cap Vert, le collectif redonne voix aux histoires trop peu racontées de la diaspora et aux douleurs laissées par l'exil tout en célébrant la force vitale de la fête. L'artiste évoque notamment les violences policières envers les personnes racisées.
Pour moi, le plus important c'est de donner la voix à d'autres qui n'ont pas la possibilité de s'exprimer elleux mêmes parce qu'iels ne sont pas artistes, n'ont pas les moyens de traduire leur souffrance et leurs sentiments. Je pense qu'être un artiste, c'est un privilège, car j'ai cette possibilité de traduire ce que je ressens.
VENDREDI
Invité·es dans l'émission : Descartes a Kant - Gregailh - Kimia - Tarsius - Martha Da'ro - Ssadcharlie
Après une soirée qui a tenu ses promesses au Parc Expo, l'équipe est de retour pour la deuxième émission du festival. Le duo rennais Gregailh a répondu aux questions de Téva : rencontre entre musique traditionnelle bretonne et... noise. Ils nous expliquent en quoi ce projet prend la forme d'un acte militant.
Porter à la scène une musique qui a été minorisée, une langue qui a été minorisée, c'est aussi s'inscrire dans un continuum plus large : anticapitaliste, décolonial, anti-impérialiste, antifasciste.
On a également eu le plaisir de recevoir la franco-congolaise Kimia, artiste émergente de la scène afro-futuriste ! De ses débuts dans la musique, mixtape à fond dans l'appartement, fenêtres ouvertes pour en faire profiter le quartier, à sa rencontre avec Noko, son binôme de scène, en passant par les galères de l'intermittence, une rencontre aussi marquante que l'était sa performance sur scène.
Le fait de chanter dans une autre langue que le français ça peut permettre de montrer que la double culture n'est pas un problème. [...] pour moi c'est juste une manière de me rapprocher d'un pays qui est lointain. Y a pas de sous-culture, tout le monde a un bagage, tout le monde a une histoire et à partir du moment où ça existe, c'est important.
SAMEDI
Invité·es dans l'émission : Margaret Tchatcheuse - Cocanha - HHY & The Kampala Unit - Grenzkontrolle - Retro Cassetta - Zonbi
Pour cette dernière émission, Adélaïde est allée à la rencontre du groupe Grenzkontrolle. Longs manteau, lunettes de soleil, démarche assurée, impossible de louper leur présence magnétique dans les couloirs du Liberté. Ce groupe de new wave allemand met l'activisme au cœur de son projet : d'abord organisateurices de manifestations "Black Lives Matter" à Berlin, aujourd'hui iels se battent contre les injustices de toutes les manières possibles, y compris sur scène.
On a une très grande responsabilité envers notre communauté, nos proches, notre pays, parce que nous voulons montrer que l'Allemagne est emplie de diversité. Que nous sommes l'Allemagne nous aussi.
Regarde dans le miroir, et tu nous verras aussi.
Matthieu nous a rejoint·es pour interviewer Retro Cassetta - qu'on pourrait décrire comme un "archiviste de cassettes", quasiment un historien, ce digger originaire de Casablanca "rembobine l'histoire pour mieux la faire danser". Il revient sur l'histoire de la musique au Maroc et comment la cassette a démocratisé son accès.
Le Maroc a eu un problème de transition entre le physique et le digital, beaucoup de labels se sont débarrassés de toutes leurs archives. Il y a plus de 160 genres de musiques et le dialecte change tous les cent kilomètres : la diversité musicale en Afrique du Nord, elle est immense. [La cassette], c'était un objet de transmission et de partage.
Pour écouter toutes les émissions dans leur intégralité avec l'ensemble des interviews ponctuées de reportages, micros-trottoirs, coups de coeurs et questions existentielles (au fait, comment on s'habille aux Trans ?) rendez-vous sur la page des podcasts ici !
Crédits Photos : ©Louise Blandy