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[PLAYLIST] La force du collectif: rencontre avec High Pulp
Entretien avec deux membres du groupe de Seattle, Bobby Granfelt et Rob Homan, à l'occasion de la réédition du double LP "Bad Juice".

« Après mon retour à Seattle suite à la fin de mes études, à l'automne 2015, on a commencé à se retrouver dans mon sous-sol pour jouer ensemble, de façon occasionnelle, entre amis. » C'est ainsi que Bobby Granfelt, le batteur et membre fondateur du groupe High Pulp, présente la genèse d'un collectif qui compte désormais une dizaine de membres fixes.

À l'époque, Bobby et ses trois potes se retrouvaient donc pour le plaisir de jouer ensemble, sans autre ambition que de passer un bon moment.

La participation aux jams de la Royal Room, club de jazz de Seattle, leur permet à cette époque d'acquérir une renommée et une visibilité conséquentes dans le milieu. C'est grâce à cette jam hebdomadaire, appelée « Funk Church », qu'est arrivé Rob Homan, claviériste au sein du groupe, ainsi que plusieurs autres musiciens, mais aussi d'autres artistes avec lesquel·le·s High Pulp a pu collaborer par la suite.

Le hasard fait bien les choses

L'envie de jouer avec et dans la communauté et de former un grand collectif de musiciens, a permis au groupe de s'enrichir de plus d’une trentaine d’artistes, au fil des collaborations. Désormais, ils sont une dizaines de membres fixes, qui se retrouvent au minimum deux fois par semaine pour travailler ensemble (hors confinement et autre pandémie, bien évidemment!).

C'est d'ailleurs suite à l'écoute de cet album que Dan Englander, co-fondateur du label britannique KingUnderground, les a contactés pour leur proposer une collaboration avec son label. La première étape a été la réédition de « Bad Juice » sous la forme d'un double vinyl, disponible depuis le 23 octobre 2020, dont le morceau "Ezell's", qui a fait son entrée au sein de la playlist de Prun' il y a quelques semaines, pour notre plus grand plaisir!

Expérimenter et collaborer

Après ce LP, le groupe a eu envie de prendre le temps de tester, de développer de nouvelles sonorités et de s'enrichir de la présence d'autres artistes. La « Funk Church » hebdomadaire leur permettant de continuer de jouer et de rencontrer d'autres artistes originaires de Seattle, la connexion se fait naturellement avec trois chanteuses soul et R&B, JusMoni, Falon Sierra et Shaina Shepherd. Ces collaborations permettent à High Pulp d'explorer de nouvelles directions, en travaillant de façon collégiale avec chacune des trois chanteuses.

Les trois morceaux issus de ces connexions sortent donc en 2019, sur un projet appelé "Light Fix", qui fait la part belle aux voix de chacune des interprètes.

Cette soif de diversité a impulsé un autre projet, à l'image de la richesse des influences des différents membres du groupe.

« Mutual Attraction » est une « trilogie de trilogie », composée donc de trois volumes, chacun comportant trois morceaux conçus comme des hommages aux morceaux originaux, repris et réinterprétés par le groupe de Seattle. "Mutual Attraction Vol. 1" est ainsi consacré à trois icônes du jazz, qui ont marqué et influencé l'identité musicale du groupe : Alice Coltrane, Pharoah Sanders et Sun Ra. Disponible depuis le 27 novembre, toujours sur le label KingUnderground, ce premier volume est une plongée dans le Free Jazz des années 60 et 70, entre les fulgurances des cuivres et les sonorités enveloppantes des claviers. Un hommage réussi donc, qui donne envie de découvrir les deux autres volumes de cette trilogie, à venir très prochainement.

Un collectif engagé

En tant que groupe de musiciens majoritairement blancs et bénéficiant de l’héritage des musiques noires telles que le jazz, la funk et la soul, les membres du groupe High Pulp ont conscience de la portée politique de leurs œuvres. Suite au meurtre de George Floyd le 26 mai dernier, High Pulp a ainsi pris position publiquement, en publiant un post Instagram intitulé « Dear fellow white people ». Dans ce post, Bobby Granfelt, batteur et membre fondateur, aborde la question des privilèges liés au fait d’être un groupe d’artistes majoritairement blancs, dans une industrie qui continue de produire des discriminations, y compris et surtout à l’égard des artistes noir·e·s.

À ce sujet, Bobby Granfelt ainsi que l’ensemble du groupe considère que :

c’est une responsabilité de prendre position contre les oppresseurs, surtout en tant que groupe dont l’inspiration est si fortement liée à la culture et à la musique noires.

Pour le batteur de High Pulp,

La musique et l’art sont des moyens de s’évader et de se rassembler, mais aussi de participer au changement en prenant partie.

 Une conclusion qui prouve que talent et intégrité ne sont pas antinomiques, y compris dans une industrie et une société profondément inégalitaires, et qui ne peut que nous donner encore plus envie de les soutenir et d’assister, dès que possible, à un de leurs futurs concerts !

Publié le
Un article réalisé par : Khoukha Henniène
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