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[ARTS] Fauves : le festival de la très jeune création au TU de Nantes
Du 24 mai au 3 juin, de jeunes artistes et étudiant·e·s issu·e·s d’horizons différents présenteront des performances et créations artistiques à l’occasion du Festival FAUVES, au Théâtre Universitaire de Nantes. A cette occasion, nous avons interviewé les artistes Coline Barraud et Pablo Boissel-Arrieta.
Interview de Coline Barraud et Pablo Boissel-Arrieta
Festival FAUVES : Créations et performances artistiques

Le titre d’un spectacle qui interpelle…

« Ce qui m’excite c’est la Beauté Extrême », c’est le titre choisi par Coline Barraud et Lucile Bouju pour leur spectacle. Les deux artistes ont pris le parti d’adapter des textes de l’auteure, performeuse et metteuse en scène espagnole Angelica Liddell pour raconter l’histoire de cette performance tout en les mêlant à des textes qu’elles ont écrits de leur côté. Coline Barraud nous raconte comment leur est venue l’idée de ce titre :

« On est parties d’un recueil de textes d’Angelica Liddell, qui est une auteure, metteuse en scène et performeuse espagnole que j’aime beaucoup et dont j’ai vu beaucoup des spectacles. Et parmi les textes qu’on traversait il y avait une phrase qui m’avait marquée et c’était celle-ci : « Moi ce qui m’excite c’est la beauté extrême ». C’est quasiment une des phrase centrale du spectacle et j’y tenais beaucoup. ».

Durant cette performance théâtrale et musicale, les deux artistes interprètent le rôle de petites filles qui jouent dans leur chambre en mimant et portant un regard sans filtre sur le monde et la société qui les entoure. L’artiste nous explique que ce spectacle se veut à la fois poétique et provoquant :

« Ce spectacle parle de plein de choses mais sous l’angle d’une certaine beauté, d’une certaine poésie. Pour moi cela a un lien avec la poésie et avec l’art cette notion de beauté. Et avec cette notion d’extrême […] il y a quelque chose de provoquant mais dans le bon sens du terme, je trouve que la provocation m’aide à réfléchir, elle me questionne, elle n’est pas là pour m’offusquer. »

Un spectacle amoral

Depuis plusieurs années, Coline Barraud lit avec passion les œuvres d’Angelica Liddell, une artiste qu’elle décrit comme une sorcière, une « femme névrosée qui a accepté ses démons et les chevauche avec panache ». La comédienne s’entretient d’ailleurs avec nous sur ce qui l’inspire et suscite son intérêt particulier pour Angelica Liddell :

« Je crois que moi ce que j’aime beaucoup chez elle, c’est que c’est quelqu’un qui dans ce qu’elle dit, dans ses écrits, n’est pas moral, elle n’a pas un regard moral sur les choses et ça c’est assez rare. ».
—Coline Barraud

Selon elle, ce regard amoral sur le monde qui l’entoure permet de travailler sur l’inconscient ou l’hyper-conscient ; « sur des choses qui ne sont pas de l’ordre du quotidien, qui sont poussées à leur extrême ».

Tout au long du spectacle, les deux enfants incarnées par Coline Barraud et Lucile Bouju observent le monde avec une loupe : « Moi j’ai l’impression […] que c’est comme si nos personnages observaient le monde avec une loupe du coup ça grossit les traits, ce qui est moche devient laid, ce qui est beau devient magnifique, l’amour devient de la passion dévorante. ».

Le spectacle qu’elles jouent confronte les textes d’Angelica Liddell et les leurs avec leur propre intimité. A travers cette performance, les deux artistes tentent de proposer au public ce qu’elles peuvent faire de plus honnête :

« Moi je n’ai pas du tout de côté militant à défendre avec ce spectacle. [Certes] il y a quand même quelque chose d’assez violent dans cette parole qui est très belle mais très incisive voire acérées mais j’aime bien dire aussi qu’on n’est pas là non plus pour donner des leçons. Lorsqu’on balance ces textes, ça peut aussi vouloir dire : "moi j’ai tout compris et je vous apprends la vie". Et bien c’est exactement ce qu’on cherche à ne pas faire dans ce spectacle. Et ce dont j’aurais envie ce n’est pas de donner un messages aux gens mais plutôt qu’ils se disent qu’on leur a offert quelque chose dont ils n’aient pas forcément à retenir une leçon. ».

« Dhyana & Bonk », une performance hybride

La seconde performance présentée lors de l’entretien est celle d’une rencontre entre le corps et une génération aléatoire de sons où spectatrices et spectateurs contemplent l’évolution méditative de la danse organique improvisée de l’artiste.

Pablo Boissel-Arrieta, qui a travaillé sur la plateforme circulaire et sonore sur laquelle l’artiste Laura Dufour performera nous explique la signification de ce titre énigmatique :

« L’idée c’était de faire la rencontre entre la pratique chorégraphique et mon travail d’installation. Laura Dufour a déjà une pratique qui s’appelle Dhyana qui désigne en sanskrit [une langue indo-européenne] un état d’apaisement méditatif. L’origine de l’idée c’était qu’elle fasse des collaborations avec des artistes venant de plusieurs champs différents comme l’art plastique, la musique etc. Le mot Bonk ça vient de l’onomatopée « Bonk » comme dans une BD et cela fait référence à la dimension sonore de la percussion dans le dispositif ».

L’artiste-plasticien revient également sur le principe de fonctionnement de la plateforme sonore qu’il a fabriquée :

"Cette recherche sur la génération de mouvements répétitifs c’est quelque chose que Laura travaille déjà depuis quatre ans et du coup je suis parti de cette recherche chorégraphique pour élaborer mon installation sonore. Donc l’idée c’est d’avoir développé une plateforme de deux mètres de diamètre sur laquelle il y a une cinquantaine de capteurs qui réagissent aux chocs et à la pression et permettent de générer des signaux électriques qui sont ensuite traités pour faire vibrer les cordes d’une table d’harmonie de piano."

"Donc il y a vraiment un système de boucle, de flux entre le corps, qui, par son mouvement, génère le son et le son lui-même est produit par un instrument acoustique puis diffusé dans toute la pièce.".
—Pablo Boissel-Arrieta

A travers cette performance chorégraphique et sonore, les deux artistes cherchent a plonger les spectateur·trice·s dans une « bulle sensitive » où iels se laissent emporter dans une expérience hypnotique où les sons et les gestes du corps guident leurs sens vers un état de sérénité et d’introspection. Comme pour la performance de Coline Barraud et Lucile Bouju, les deux artistes ne souhaitent pas délivrer un message mais uniquement faire vivre au public une expérience sensitive liée au mouvement, au son et à l’espace.


Une interview réalisée par Antoine Camara

Un article rédigé par Antoine Camara

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Publié le
Un article réalisé par : Volontaire service civique - Vie étudiante
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