jeudi 09 février 2012, 05:08:30

Starkey
Ear Drums and Black Holes
(planet mu - 2010)
Starkey sortait le 19 avril dernier son deuxième album "Ear Drums and Black Holes" sur le mythique label britannique de musique IDM et maintenant dubstep, Planet Mu. Un label où l'on croise aussi la route de dDamage, du vieux Hellfish, de Ikonika et Breakage qui viennent chacun de sortir un disque, le bourrin Venetian Snares et toute la scène dubstep-grime-IDM d'aujourd'hui avec notamment Mary Anne Hobbs. La musique de Starkey se situe donc dans cet environnement sonore-là. Et son album le confirme parfaitement.
On aurait pu le croire anglais, tellement sont présents la patte grime, les vieux synthés kitsch qui rappellent l'album de Hudson Mohawke. Le goût pour le mauvais goût, les voix vocodés, les sons cheesy, so british, sont complètement assumés.
Mais Starkey est américain, de Philadelphie plus exactement. Et c'est peut-être pourquoi il aime travailler les voix à l'Auto-tune, qu'il aime les synthés grandiloquents, qu'il fait systématiquement chanter sur les 15 pistes que propose "Ear Drums and Black Holes". C'est peut-être aussi pourquoi, sur "Alienstyles" par exemple, il se rapproche d'une certaine soul de la West-Coast d'aujourd'hui, celle de Dam Funk ou de Olivier Daysoul, qui joue des synthés justement, à la façon cosmique d'un George Clinton. On retrouve d'ailleurs l'aspect Etats-Unien sur "Club Games" qui rappelle immédiatement les Cool Kids, avec un beat simpliste et un gros rap lent. Mais cet album de Starkey va plus loin.
Plus loin que des étiquettes sonores, la musique se Starkey est définitivement celle d'un jeune d'aujourd'hui, qui s'est nourri au Hip Hop comme à la Soul, au R'n'B comme au Dubstep ou à la Techno. Et s'il devait se rapprocher d'un artiste, ce serait certainement aux cotés d'Hudson Mohawke qu'on le retrouverait. Cet ado influencé par les mêmes choses que lui, et qui a su tirer parti de l'émergence du Dubstep pour allier des sons qui ont comme point commun le groove afro-américain et la radicalité urbaine. Le mauvais goût de certaines pistes n'efface pas une originalité et une prise de risque salutaire. Cela aussi le rapproche de Hudson Mohawke. Il s'en distingue par son goût pour la puissance des basses, là où l'Anglais préférait la complexité rythmique.
Entre Grime, Dubstep et Hip Hop, avec la présence de rappeurs en featurings sur trois pistes, et même R'n'B avec la présence de vocalistes féminines, "Ear Drums and Black Holes" balance entre bizarrerie sonore et puissance dancefloor. Il vaut au moins l'écoute pour saisir la synthèse que propose la génération urbaine actuelle des musiques de ces 15 dernières années. Il faut s'y plonger pour comprendre ce que la musique de demain nous réserve, une musique hybride rompant avec les barrières classiques, brisant les codes esthétiques, avec un usage immodéré du matériel électronique.
Chronique réalisée par Jean-Paul Deniaud