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mardi 11 janvier 2011 par Mathilde

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Chronique album - Ozi Batla

Wild Colonial (Elephant Tracks - 2010)


Image de Chronique album - Ozi Batla

 




OZI BATLA
Wild Colonial
(Elephant Tracks - Mai 2010)

 

 

 

 

 

 

 

Ozi Batla : Voici la dernière sortie du label Elephant Tracks qui, depuis 1998, contribue fortement au développement de la scène Hip hop indé en Australie.

Faisant partie intégrante des groupes The Herd et Astronomy Class (signés sur le même label), monsieur Batla est un fidèle poulain de l'écurie. Fort d'une expérience de terrain depuis le milieu des années 90, le Mc originaire de Sydney a heurté les consciences plus d'une fois grâce à une plume politique (dérangeante ?) qu'il revendique et qui l'on mis au centre de débats nationaux, notamment avec les titres '77%', 'Starship Troopers' ou encore 'Burn Down the Parliament'. Il s'est également grandement illustré dans le pays en remportant dans les années 2000 nombreux battles de Mc's : « Verbal Mechanics NSW champ », « NSW Stealth Battle champ », semi finaliste au « Melbourne's Revolver MC Battle », grand finaliste au « National Stealth Battle »... Rien que ça !Pourtant le rappeur ne porte pas l'armure d'un dur, juste ouvert d'esprit et réfléchi, il ne se prive pas pour donner, quand il le peut, un bon coup dans le lard des sujets à risques de son pays (racisme, mal-bouffe, politique...). Ozi Batla casse même les frontières coloniales qui pourrissent encore de l'intérieur le territoire et créé des ateliers hip hop pour les différentes communautés aborigènes, aussi bien dans les quartiers sensibles que dans l'outback profond. Il n'hésite également pas à flirter avec la Drum & Bass ou le reggae en fonction de ces travaux collectifs et ne nie pas son penchant pour la langue espagnol et les influences latines (samba, bossa nova...). Ce qui lui a permis de supporter des artistes tels que The Pharcyde, Grandmaster Flash, Blackalicious, ainsi que Roni Size, Dj Zinc, Prefuse 73 ou encore Squarepusher.«  Wild Colonial » est son premier album solo, sortie le 14 mai dernier.Si un artiste s'écarte de son groupe initial le temps d'un disque, c'est en général pour pouvoir exprimer ce qu'il ne peut accomplir en équipe. Là encore, Ozi Batla n'échappe pas à cette règle et l'album recèle un caractère beaucoup plus introspectif et personnel que sur ces précédents  projets. L'ensemble des beats est signé Sandro et les 12 tracks ne laisse de place pour aucun featuring : telle est la règle d'Ozi ! Son album, c'est son travail avant tout, celui-ci ne pouvant se résumer à une liste d'artistes apparaissant au dos de la pochette ! Seul Dj Bonez, un des meilleurs turntablists du pays, signe les différentes phases de scratch du disque et Sista Native vient poser légèrement sa voix soul sur le happy fun « She's gotta have it » et sur « 1000 drummers ».



Qu'en est-il alors ? Et bien Ozi Batla ne déçoit pas même si à la première écoute l'album ne sonne pas révolutionnaire. Il faut attendre la 3ème piste « Joyride » pour pouvoir enfin se plonger dans le monde du Mc. Les instrumentaux confectionnés par Sandro deviennent, à partir de cet instant, à la fois profonds, réactifs et fusionnent honorablement avec des sonorités plus funk. La panacée pour ce Mc fan de Science fiction et de culture Hip hop. Là où « Joyride » nous téléporte dans le cerveau torturé d'Ozi conduisant à bord d'une voiture volée, sur un beat oppressant et suintant le doute, « 1000 drummers » ressuscite la recette piano classique/flûte qui auparavant, a fièrement donné ses armes à des groupes et artistes tels que les Sound Providers ou J-Live.



La force de cet album ? Pouvoir captiver l'auditeur tout au long de ses 12 titres avec un seul Mc, bien qu'Ozi Batla ne porte une grande particularité dans son timbre de voix. Mais son phrasé clair et son discours engagé qui n'hésite pas à faire resurgir les démons du colonialisme virulent, comme sur le titre éponyme, en faisant allusion aux enfants aborigènes arrachés à leur famille dans le but unique de les éduquer à « l'occidentale » ("He bade the judge good morning and he told him to beware, that he never robbed a needy man or one who acted square. But a judge who robbed a mother of her one and only joy, well surely he's a worse outlaw than the wild colonial boy.") sont des atouts assurés pour la réussite du disque. Les quelques fois ou Ozi Batla chante (« Integrity », « 1000 drummers », « a distant shore ») apportent une certaine fraîcheur à l'homogénéité du disque et les deux interludes (« have a beer » et « don't wanna wait ») offre une petite pause cinématographique plutôt appréciable, entre atmosphère horrifique et ambiance cosy.

 

Finalement l'énergie au sein de « Wild Colonial » revient aux titres « Mics, peeps & light », où les réminiscences hardcores du hip hop s'épanouissent, et le fameux hit de l'album « Put it on wax ». Sur ce dernier,  Dj Bonez s'éclate à malaxer le sample de « The New Style » des Beastie Boys (« Licensed to Hill », 1986) tandis que les cuivres en alerte et la mélodie au  piano "rétro-saloon" concoctés par Sandro développent l'armada électrique du track, créant ainsi la petite bombe où Ozy Batla fait l'apologie subtile de l'utilisation des samples : "Video didn't kill the radio star, like the DJ didn't kill music made with guitars and the licences and cops haven't shut all the clubs yet, yo check it, downloading music didn't wreck it, the fans are more connected...".
On appréciera également la dernière piste « a distant shore », des cuivres mélancoliques, une basse arrondie qui nous plonge au cœur d'un polar américain des années 50, où l'on pourrait aisément imaginer un Buck 65 imposer sa voix rugueuse. Une très belle ballade dramatique pour conclure ce disque.

Ce n'est pas l'album de l'année, ce n'est pas non plus le Mc de la décennie mais les atmosphères à  la fois brumeuses et groovy confectionnées par Sandro et les récits réfléchis d'Ozy Batla donne l'ampleur suffisante pour pouvoir apprécier sans vergogne ce disque.

 

 

www.myspace.com/ozibatla

www.elefanttraks.com

 

Le clip  de « Put In On Wax » : http://www.youtube.com/watch?v=L4Wd2-2xQl4


                                          
Chronique réalisée par Josselin Couteau, envoyé spécial sur le sol australien

 

 

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