jeudi 09 février 2012, 13:24:46

Gonjasufi
A Sufi And A Killer
(warp - 2010)
Mais qui est Gonjasufi, l'auteur de ce somptueux album "A Sufi And A Killer", sorti sur Warp le lundi 8 mars 2010? Il s'appelle en fait Sumach Valentine aka Sumach Ecks, aka Randy Johnson!
Ce chanteur-rappeur-professeur de Yoga vit à Las Vegas et, s'il a commencé à faire du Hip Hop depuis le début des années 90, il compte déjà quelques disques auto-distribués derrière lui.
Grosses locks, grosse barbe, un je fais ce que je peux qui énerve même un label comme Warp.
Il a en effet été signé en 2008, et n'a rien fait d'autre pendant un an que fumer de la beuh, trop content d'y être arrivé!
Gonjasufi a bien encore quelque chose de singulier : sa voix.
Flying Lotus la décrit comme "intemporelle, incroyablement crade".
Enregistrée presque systématiquement en saturation et en lo-fi, elle contraste complètement avec les instrumentations peaufinées de Fly Lo, Gaslamp Killer ou Mainframe.
Sur l'album, "A Sufi And A Killer", les voix de Gonjasufi n'ont pas mis longtemps à être enregistrées.
Tout le travail a surtout été fait en post-production par le yoga master.
Il a fallu mixer la voix crade du Sufi, souvent fausse, parfois doublée, toujours profonde, avec les instrus magnifiques du Killer qu'est Gaslamp Killer.
Gaslamp Killer, c'est un type dont le buzz n'a fait qu'augmenté, notamment grâce à Stones Throw, le label californien défricheur de talents et de pépites sonores.
On l'a vu sortir des mixes depuis 3 ans mélangeant le Hip Hop au Métal, au trucs carrément chelous!
Il vient d'ailleurs sorti un mix qui retrace les dix ans de carrière de Flying Lotus, de la bombe! Voilà pour Gaslamp Killer.
Mais revenons à Gonjasufi et à l'album.
19 pistes plus une cachée, et c'est bien simple, elles sont toutes complètement différentes : on commence avec des chants tribaux d'Amérindiens, on passe à la volupté de Fly Lo sur Ancestors ou plus loin à la piste bien garage Suzie Q qui reprend le riff de"I Wanna Be Your Dog" des Stooges.
Il y aura aussi le downtempo de Change, le majestueux Advice où le piano se voit rythmée par une une batterie hardbop ou encore l'étonnante ballade Sheep qui nous rappelle les films de la nouvelle vague et l'époque naïve des Yéyés.
Elle se conclura sur les égarements d'un chanteur indien accompagné à la sitar, et déconstruit jusqu'à saturation. "She Gone", la piste qui suit est plutôt une ballade pop dramatique, Hollydays sera quant à elle 8 bits avec son beat Hip Hop et sa mélodie, et la plainte du Sufi...
Bref tenter de décrire cet album prendrai quelques pages, c'est riche, c'est dense, toujours surprenant. Gonjasufi réussit avec "A Sufi And A Killer" un tour de force incroyable, celui de nous faire voyager dans des univers, des périodes très différentes avec des rythmes, des mélodies, des instruments aussi variés que possible.
Un album d'une grande finesse, malgré un son volontairement crade, qui continue à surprendre au fur et à mesure des écoutes.
C'est intemporel, incontournable et nécessite tout simplement l'achat immédiat.
Chronique réalisée par Jean-Paul Deniaud