mercredi 30 mai 2012, 00:24:21

Zgoaya
"Higher Grounds"
(Autoproduit - 2010)
1968 : la musique jamaïcaine , à l'instar du mouvement hippie et du « flower power » révolutionne le monde de la musique !
« Bangarang » , un morceau orchestrée par Lester Sterling et Stranger Cole, résonne aux 4 coins de Kingston : le reggae vient de naître !
1985 : révolution interne du reggae ! King Jammy met tout le monde K-O avec le premier tune digital . Les musiciens sont mis de côté . Place aux ordis et aux boîtes à rythme !
2011 : Que reste – t il du » reggae music » ?
Rassurez – vous, le reggae est bien vivant !
Il brûle toujours du même feu mystique et sauvage; il résonne toujours des mêmes vibrations , decelles qui remuent l'âme ou apaisent l'esprit !
Et si ce feu devait être alimenté , le premier album de ZGOAYA , en serait l'un des combustibles majeur !
« HIGHER GROUNDS » est un album puissant, fougueux, passionné.
Un coup de maître où rien n'est laissé au hasard ; où chaque note, chaque mot a un sens .
Et qui vous touche en plein coeur !
Du premier riff d'"Out of the music room", jusqu'aux dernières résonances des percus d' "Higher Grounds", on ressent toute la sueur, la générosité, et l'intensité que le groupe Zgoaya veut donner et partager avec ce premier album .
Indiscutablement, on est bien en présence d'un grand cru du « Roots, Rock, Reggae » !
Prenez, par exemple, le morceau « The Saunter », avec son skank rythmique incisif, habillé de cuivres et enrobé de percussions . Il définit à lui seul, l'esprit du « Roots reggae » : une alchimie parfaite entre rage et douceur , entre engagement et retenue !
La force de Zgoaya tient tout d'abord, dans la capacité des musiciens à jouer juste, à s'imprégner du rythme originel pour mieux en explorer les contours, et d'un seul coup, à vous embarquer dans leur propre univers . ( It's been a while, Mirrors )
Tour à tour , on perçoit la nervosité de la trompette ou du trombone , la complicité historique du duo basse-batterie mais aussi la puissance de l'orgue Hammond et la fraîcheur du clavinet !
Niveau texte , le choix de la langue de Shakespeare en déconcertera certains, mais il suffit de lire et de traduire les paroles pour comprendre que Zgoaya ne chante pas pour rien !
Les messages ( guerres inter-religieuses, formatage idéologique ...) sont délivrés de façon simple , avec conviction mais aussi une touche poétique particulièrement appréciable ( écoutez « Wooden Horses »). On est loin des répétitions irritantes et souvent surjouées de termes comme « Jah », « Babylon » ou autres « ganja » !
Le chant est juste et parfaitement équilibré avec les choeurs. Ceux-ci appuyant en profondeur les envolées du chanteur, comme sur le morceau « Something Concrete »
Si l'on ne peut nier que le reggae music a souvent tendance à se reposer sur ses acquis, Zgoaya, aux côtés d'autres groupes comme Groundation ou Midnite,en est le parfait contre-exemple !
« Higher Grounds » est un véritable voyage , une pause rafraîchissante en plein désert artistique que traverse le reggae. ( mention spéciale pour les superbes peintures de J-P. LAFEAC )
S'il sait déjouer les pièges de la répétition et du conformisme, le groupe, riche d'un collectif aux influences mutiples ( certains membres jouent du métal, d'autres du jazz ..), a tout pour devenir une référence et un groupe incontournable.
Et rien ne dit que Zgoaya ne tracera sa route qu'au travers du reggae music !
Chronique de l'album écrite par Papayatik de l'émission Inna Di Roots