mercredi 30 mai 2012, 00:24:09

ODEZENNE
OVNI
En écoute :
l'interview du groupe lors de la chronique carte blanche de l'émission Opus Magnum
Si vous vous êtes échoué sur le site de PRUN’ vous avez certainement déjà lu ou entendu parler du groupe O2ZEN (oui, oui, c'est bien de celui-ci dont je parle sur la page Ici) mais aujourd’hui celui-ci est devenu ODEZENNE.
Après un premier disque « sans chantilly » sorti il y a 2 ans, le groupe change de nom, ou du moins d'orthographe, pourtant le groupe joue toujours de ses mêmes maux et continu à faire parler son univers seul et à part, sans faute de gout.
Nouveau nom, comme pour marquer une nouvelle étape dans l’accomplissement de leur musique, le groupe Odezenne est composé de personnalités bien différentes et de parcours pas moins atypiques : danseur, rappeur, slameur, dj, grapheur…. On retrouve les mêmes protagonistes : Jaco et Al aux micros, Merlin à la production et la guitare, Dj lodjeez aux platines, k-price à la danse. Odezenne n’a pas de formule magique pré-mâchée mais semble bien vouloir marquer sa différence une nouvelle fois; leur musique a changée mais reste fondamentalement la même, ils creusent un peu plus le sillon de leur originalité.
La recherche de sample évoquant l’univers de l’enfance dès l’introduction nous met dans l’ambiance: « Saxophone » nous plonge dans des souvenirs de jeux d’enfants et de chansons criées à tue-tête dans les cours de recréation. Les mots sont déjà bien là, rebondissent et se posent sur une musique presque fantomatique et résolument rock, on pense aux rockers anglais d’oxford.
« Dedans » quant à lui pointe du doigt les dérives du nouvel ordre mondial, le groupe se fait observateur et critique du monde télévisuel et des errances humaines, mais sans aucune démagogie, ni amertume. Le groupe n’a pas laissé au placard ses swing jazz et y ajoute de manière astucieuse des chœurs d’enfants qui accentuent la force du refrain « chie dedans, rêves dedans, bouffe dedans, dors dedans, bosse dedans, baise dedans… »
Les flows restent singuliers et les titres « Méli-mélo » et « Maux doux » nous le rappellent avec force, le rap est là mais il sonne de manière différente, se fait sensible et un brin désabusé. Ces morceaux se distinguent aussi par leurs rythmiques brinquebalantes: ils se jouent de nos habitudes musicales, nos oreilles sont accrochées et écoutent.
Mais odezenne raconte aussi des histoires d’acteurs du quotidien. « Taxi » nous embarque dans une nuit ordinaire d’un chauffeur de taxi, on respire le temps du morceau la vie décalée de ces voyageurs sans fin, spectateurs du monde urbain.
Certains morceaux sont marquants, les MC choisissent de traiter leur sujet de manière très frontale comme dans « Boom Boom » et ses rimes très riches et imagées sur un sujet peu abordé dans le rap : la dépendance aux drogues. Le point de vue et le parti pris remportent les suffrages et laissent un goût amère, le but est atteint ….
Odezenne n’oublie pas de parler d’2. Ils le font de manière tellement pertinente que l’on s’identifie vite à ces jeunes ados dépeints dans « Hirondelles », du vécu décrit à coup de rimes habiles. Chacun peut se reconnaitre dans ces réminiscences du passé empreint de nostalgie.
Ce nouveau disque « OVNI » montre que le groupe a pris de la maturité et s’éloigne encore plus du rap pour proposer une mixture parfois étrange, souvent géniale et surtout un univers d’une sensibilité hors norme. La musique elle, se fait plus electro sur certains titres mais elle reste toujours au service des textes, on sent que le groupe n’écoute pas que du rap.
Mais attention c’est un disque qui mérite une attention particulière, les textes sont parfois crus, les jeux de mots nombreux, les atmosphères sombres, on entend parler du monde d’aujourd’hui, d’histoire humaine. Au fil des écoutes on prend l’ampleur du message que cette Orchestre Incompétent semble nous adresser. A chacun d’entre nous d’accueillir cet OVNI selon son vécu et son histoire personnelle. Une chose est certaine, on espère que celui-ci repassera dans le ciel de nos vies pour nous rappeler au bon souvenir de cette expérience musicale. I want to believe !!
PRADINES Benjamin