mercredi 30 mai 2012, 00:24:03

Gold Panda
Lucky Shiner
(Ghostly International)
Qui est Gold Panda ? Vous vous posez sans doute la question et vous avez raison. Sa musique nous amène à croire qu’il provient de Los Angeles, compatriote de Flying Lotus ou Baths. Mais point du tout, Gold Panda est anglais. Né à Chelmsford, Derwin Panda comme il aime à s’appeler, vit et travaille actuellement à Londres. Lucky Shiner est son premier album. On avait connut le Panda avec trois Ep sortis en 2009 qui avaient suscité plus que de l’intérêt. C’était alors l’abstract electronic de Miyamae qui nous avait charmés, le glitch orientalisant et les textures ouatés de Quitter's Raga qui nous avait envoutés. Seul Before m’avait quelque peu déçu, y voyant certaines accointances avec un Fatboy Slim plus expérimental et abstract. Mais toujours cette marque de fabrique originale, empreinte de poésie, surprenante à bien des égards. Ce sentiment que le panda était un globe-trotter qui avait choppé ici et la des influences de New Delhi à Rio, de Tokyo à Los Angeles. Internet est bien évidemment la cause de cette ouverture d’esprit. Et Gold Panda s’inscrit clairement dans cette génération curieuse qui en un clic explore différentes contrées.

S’en suivait une attente fébrile, les mains poisseuses dans l’attente de l’album. Sorti sur le très bon label Ghostly International à qui l’on doit d’heureuses découvertes comme Lusine ou 10:32, Lucky Shiner nous parvenait physiquement en Europe le 11 Octobre dernier. Trêve de bavardages et venons en à l’album. You inaugure la galette. Tube Glo-Fi aux consonances indiennes, You surprend par un sample frais et léger. La surprise est encore plus grande lorsque le jeune homme de 28 ans enchaîne avec Vanilla Minus. Faisant le grand écart, sans même se trouer le pantalon. Ici, il fait la part belle à une techno minimale avec un rythme binaire présent tout du long. Ca pourrait sonner creux s’il n’y avait pas cet amour de l’exploration sonore. Same Dream China est de cette veine, avec l’ambition de procurer un plaisir qui se construit. La recette est pourtant simple, une boucle orientale répétitive, l’arrivée d’un beat en handclap accompagné de cuivres feutrés, quelques notes qui surviennent à point nommé et une mélodie qui gémit fébrilement. Mais l’émotion est la. Pourquoi bouder son plaisir ? Snow & Taxis peut s’appréhender comme une intuition lumineuse, ou différentes strates musicales se superposent. De la minimale clubienne à une electronica réveuse, une ode à tous les branleurs qui se demandent dans quel monde on vit et qui y réfléchissent dans le train. Les paysages défilant sous nos yeux étant sublimés par cette musique. Puis vient Before We Talked, qui fait très mal! Il faudra bien plusieurs écoutes avant d'en profiter pleinement. Son charme découlant de sa retenue et des infimes nuances qui la composent. Et de ces instants de rupture émane une force étonnante, ou déboule un beat ravageur, car ultra travaillé et ce jusqu'au final drone ambient. I'm With You But I'm Lonely comme son nom l'indique décrit fidèlement cette situation que nous avons tous connu. Celle d'être présent physiquement mais ailleurs mentalement, que l'on ne communique pas réellement sur ce qui nous semble important. L'impression d'être partiellement compris, se demander pourquoi autour de tous ses gens on se sent si seul. Ce sentiment de désillusion s'accroît avec After We Talked et ses synthés à bout de souffle. Une subtile agonie en 8-Bit. C'est à ce moment que Gold Panda décide de reprendre du poil de la bête avec un titre phare : India Lately. Complexe, lancinant, fourre tout de génie, ce morceau ramone l'échine et pourrait faire penser à une rencontre entre Four Tet et Amon Tobin. Le côté orientalisant y est plus que jamais présent, l'atmosphère devient tendue comme en prévision d'un danger jusqu'à l'arrivée libératrice de la batterie, en free jazz. C'est énorme! Le morceau final porte le même nom que celui introduisant l'album : You. Très beau, You est plus pop et clôture d'une manière hédoniste ce Lucky Shiner.
Derwin Panda, a beau être introverti et timide, cela ne l'empêche de nous envoyer de ces claques qui vous font du bien au moral. Il y a encore des gens pour qui l'expérimentation musicale compte, qui pensent à intégrer tout ça dans des versants émotionnel. Très bien produit, on peut remercier James Shaw de Simian Mobile Disco qui l'a mixé, Lucky Shiner mérite une écoute attentive. Si vous êtes après ça encore dubitatif, replongez-vous dedans. A votre bon plaisir.
Chronique Album par Sébastien TRIBOT.