vendredi 10 février 2012, 05:16:53

Le Retour du duo déjanté d'Anticon
Par où commencer quand on parle de Themselves ?
Tout simplement en revenant d’abord à la source.
Themselves, c’est un duo Californien composé du producteur Jel (Jeff Logan) et de Doseone (Adam Drucker), rappeur déjanté, un poil schizophrène.
Fer de lance du label Anticon, bien connu pour son penchant pour le Hip hop alternatif saupoudré d’electronica ou de folk, Themselves a vu le jour en 1998 et a depuis sorti 3 albums et participé à de nombreux projets et formations (13 & God, Subtle, Clouddead,…). Ils ont surtout fait leurs preuves grâce à leur deuxième album « The No Music » sorti en 2002 qui avait parfaitement réussi à marier beats hip hop, ambiance moite et enfantine, en fusion parfaite avec la voix nasillarde et le flow supersonique de Doseone.
Après 7 ans d’absence, ils reviennent dans les bacs avec un nouvel album intitulé « Crownsdown » qui vient tout juste de sortir sur Anticon le 20 octobre dernier. Et naturellement, lorsqu’un groupe sort un album mythique (« The No Music »), les suivants n’échappent pas à la comparaison.
Mais a quoi ressemble alors ce nouvel album ?
Et bien en simplement dix titres pour une durée de 40 min, le duo nous livre un condensé de frénésie et d’énergie brute. A la première écoute, ce disque n’est vraiment pas facile d’accès : comment réussir à s’imprégner de la multitude de samples et de sons industriels qui composent ces 10 tracks sans tomber dans une certaine incompréhension ? « Crownsdown » laisse peu de repos à l’auditeur. Le disque est très riche en sonorités et on pourrait passer des nuits entières à le décortiquer au microscope. On retrouve bien sûr la patte « Themselves », les beats étouffés et poisseux sont toujours là, le phrasé et la plume de Doseone n’a pas perdu de son charme ni de sa technique, mais les morceaux épurés qui nous apportaient un peu de répit sonore et que l’on pouvait apprécier sur « The No Music » font faux bonds ici.
Le disque ferait apparemment référence aux premiers amours rapologiques des deux membres tels que Gangstarr, Public Enemy ou encore Kool Keith et les Ultramagnetic MCs, mais il n’est pas évident de déceler ce lien à travers l’album. Certains morceaux sonnent bien sûr plus Hip Hop conventionnel tel le morceau qui introduit l’album « Back 2 Burn » et qui annonce la couleur de ce disque sous amphétamines, ou « The Mark » qui à base de riffs de guitare et de scratchs électriques peut rappeler certaines ambiances de Public Enemy.
La magie « Themselves » est tout de même présente et à force d’écoute, on s’attachera à l’originalité et aux expérimentations sonores et vocales de morceaux comme « Daxstrong », « Roman is as Roman Does », ou encore « Gold Teeth will Roll » qui boucle l’album toute en douceur sur la fin avec une mélodie digne d’un film des années 50.
Malgré une atmosphère oppressante et constamment sous tension, la technique et l’efficacité du duo sur « Crownsdown » remporteront les foules du côté des aficionados de Hip Hop alternatif car ce disque est tout de même, une fois de plus, un ovni. Et je vous conseille très fortement, que vous ayez aimés ou non l’album, de courir les voir ce jeudi 29 octobre 2009, à Bitche, dans le cadre du Soy Festival (Nantes). Sur scène, après les avoir vu sans les connaître aux Eurockéennes de Belfort 2003, je peux vous garantir que c’est une vraie machine de guerre (ma claque du festival) !
http://www.yamoy.org/
http://www.anticon.com/
Josselin Couteau
Ecoutez "Daxstrong" de Themselves, extrait de l'album Crownsdown :