mercredi 30 mai 2012, 00:23:57

Mount Kimbie / Maybes EP
Hotflush Recordings
Première fournée du tandem anglais (Dominic Maker et Kai Campos) post-dubstep Mount Kimbie, Maybes inaugure admirablement l'univers de ces deux gaillards. Signé sur label londonien Hotflush Recordings en 2009, Mount Kimbie poursuit l'exploration du UK Garage lancée par Scuba, Kode9 et tant d'autres...
Maybes le titre éponyme de l'Ep lance la machine Mount Kimbie. Et de quelle manière! Une boucle sonore déchirante enveloppe votre cerveau de coton. La pensée que vous pouviez avoir il y a 20 secondes se perd dans l'écho hypnotique des nappes aériennes. Et alors que de cette répétition pourrait naître de la lassitude, un rythme quasi surnaturel vous frappe au coeur. Le morceau vit, implose, vous broyant et emportant tout sur son passage. Des voix pitchées s'accouplent avec un rythme organique (orgasmique?) pute qui prend au corps. Le tout s'avère cohérent, lumineux et laisse surtout l'agréable sensation de n'avoir jamais entendu pareille musique.
Suit William. Pépite fragile et timide distillant lentement une ambiance de fin du monde. De construction quasi-similaire à la piste précédente, elle instaure un climat vaporeux à l'ambient glacé introduisant au terme d'une minute vingt, un rythme techno ralentit et sourd. Les crépitements caverneux s'immiscent en vous, tout comme la voix lointaine et pourtant intimiste du mec qui chante. Mount Kimbie pénètre les profondeurs de l'inconscient, nous submerge d'une mélancolie magnifique. Mais ce n'est pas fini puisqu'en bout de course surgit un rythme perché, nous attrapant alors que les doux bras de Morphée s'apprêtaient à nous cueillir. La grande classe!

William nous plongeait dans une torpeur aphrodisiaque, la piste suivante nous remue à travers une atmosphère sale et opaque d'un nuage à l'autre. Suffoquant, nous sommes déséquilibrés par le grondement de monstres aériens. Alors déboule tintement de cloche, de verre ou je ne sais quoi encore. Mais c'est d'une telle pureté! La danse goguenarde de squelettes perdus entre deux mondes depuis un temps infini. La jouissance vient sur la fin de Vertical où des voix pitchées, susurrées vicieusement, accompagnent superbement la montée abstract découpée avec une grande précision. Vertical porte bien son nom. On monte, on monte, on aimerait que ça ne s'arrête jamais.
On aborde à présent le dernier temps de l'Ep avec Taps. Ici pas de construction en trois temps mais plutôt une ligne directrice poursuivit tout au long du morceau. Entêtant, sombre, à la folie doucement déviante, un rythme à la Mount Kimbie quoi, pas toujours définissable.
C'est la contradiction qui habite cet ep. Toujours sombre et lumineux, lourd et éthéré, caverneux et élégant, Maybes s'avère magique et dévastateur! D'une maturité rare, exemplaire pour leur jeune âge. On doit cette qualité à ce souci du détail qui amène les compositions vers une perfection et un sens de l'épure aiguisé. En matière d'electronica ambient, on ne pouvait espérer mieux. Merci!