mercredi 30 mai 2012, 00:23:54

Grasscut
1 inch / 1/2 Mile
Ninja Tune - 2010
Basés à Brighton au Royaume-Uni, les deux compères de Grasscut : Andrew Philips et Marcus O'Dair accouchent après un an d'attente d'un 1 inch / 1/2 Mile pop et électronique. Suscitant une curiosité non feinte pour ceux qui avait éprouvé bien avant leur trois savoureux Ep. Alors que nous ont concoctés le compositeur de bande originale et le contrebassiste ?
En me plongeant dans la première version longue de Grasscut, j'y ai senti quelque familiarité avec Heligoland, le dernier album de Massive Attack. Par l'esprit. Les débuts sont déconcertants, très bien produit certes mais toujours à la recherche du souffle qui devrait faire décoller les morceaux. Ceux là n'émergeant jamais vraiment.

Et puis on réécoute, encore. La mayonnaise commence à prendre. C'est le cas pour "Old Machines" qui paraissait inoffensive au début alors qu'elle injectait déjà son venin. Aux écoutes suivantes les griffes se referment et on se demande pourquoi on y avait été indifférent. Pareil pour "Meltwater" qui me semblait être un pot pourri pas forcément digeste et pas nouveau non plus. Mais c'est léché. Bizarrement un petit miracle se produit. On prête davantage attention aux détails.
Ensuite le temps devient une notion incertaine avec "The Tin Man". Bidouillant une voix féminine asiatique, ce morceau fait indéniablement penser à une composition filmique. Elle est aussi très élégante. "1946" assure la continuité, sorte d'association entre la rêverie du thème d'In The Mood For Love et l'aspect organique d'Emilie Simon.
Pour ne rien gâcher, deux tubes majeur pimentent l'album. Il s'agit bien sur de "Muppet" et "Door In The Wall". Inhabituels de par leur construction, le premier étant un triptyque (synthés saccadés/rock puissant/chant d'église) et le second une ballade forestière déviante gentiment barrée. On se laisse facilement emporté par le charme et la joie quasi naïve de ces deux morceaux.
En fin, "In Her Pride" clôt superbement la galette. Mélancolique, la voix d'une vieille femme portée par un grammophone appuie la déchirure progressive des instruments. Ce n'est pas sans rappeler les deux hommes sur la pochette, debout côte à côte, contemplant l'horizon.
Représentant une forme de renouvellement pour Ninja Tunes qui fêtait ses 20 ans de vie il y a peu, Grasscut offre un vent frais au label. Stagnant sur ses acquis, la maison de disque n'apportait plus réellement de chouettes découvertes. Ce 1 inch / 1/2 Mile surgit donc à point nommé. Accessible et riche, libre et onirique. Surprenant au fil des écoutes, l'album dévoile de multiples facettes et démontre un sens de la composition bien personnel. Songeant forcément au trip hop d'antan, le groupe élabore une douce atmosphère parée de mélancolie et d'expérimentation. Une bonne surprise.
Sébastien TRIBOT.