vendredi 19 mars 2010, 23:01:25

adaptation du roman de Denis Lehane
Rivages/Casterman/Noir
2008
Vol au-dessus d'une île de fous :
Dans les 1950, deux marshalls sont envoyés sur Shutter Island, une île abritant un hôpital psychiatrique de haute sécurité où sont internés des criminels. Teddy Daniels et Chuck Aule viennent enquêter sur la disparition de Rachel Solando. Une question se pose : comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clef de l'extérieur ?
Sur fond d'avis de tempête, un thriller psychologique tisse une toile sombre où se côtoient schizophrénie et paranoïa. L'univers est clos, et peuplé par une équipe médicale qui ne semble pas jouer franc jeu. On doute, on ne fait confiance à personne, et on se rattache à se qu'on peut, c'est-à-dire le personnage principal que l'on suit pas à pas dans les zones d'ombres et les non-dits de cette île.
Comment peindre la pesanteur de la schizophrénie :
On se souvient du roman de Denis Lehanne, qui passait maître dans l'art d'étudier les moindres remous du magma interne de l'homme, entre non-dits, faux-semblants et déni, et l'exercice de cette adaptation n'en ressort que plus ardu. Pris entre vertige, oppression et paranoïa, le lecteur se confronte au dessin de Christian de Metter, pesant et sombre à souhaits, et qui retranscrit à merveille l'atmosphère pesante du roman, sans lourdeur, avec un dessin qui décline toutes les nuances du vert et sombre, dans un clair-obscur plus que pertinent pour rendre les méandres de cet univers psychiatrique.
Là où l'on pouvait craindre une perte de puissance dans ce passage du roman à l'explicite du dessin, Christian de Metter nous offre un brillant roman graphique, duquel le cinéma n'est pas absent (on pense très fort à Vol au-dessus d'un nid de Coucou), et qui, loin d'alourdir la trame originelle du polar de Lehanne, en offre une interprétation plus claire au niveau de l'histoire et de ses enjeux mais paradoxalement fidèle à la noirceur qui s'en dégage. L'éclairage, réduit à son plus simple usage, divise les corps et les visages sur un dégradé de verts et sert à merveille une angoisse ô combien maîtrisée. Pour ce qui est de l'aspect cinématographique de cet album, mais aussi de cette histoire de façon globale, la forme de la bd se veut encore une fois transition de la littérature vers le cinéma, une adaptation est pressentie avec le maître Scorsese aux commandes, et son fétiche Dicaprio comme co-pilote.
[ThiBaulT]