jeudi 09 février 2012, 05:14:02

Dessins et couleur : Stéphane Perger
Scénario : Léo Henry
Emannuel proust éditions, janvier 2009
Séquana est une trilogie dont sort cette année le deuxième opus titré Le Pyrogène (il s'agit d'un godet de forme et de décoration variées contenant des allumettes et muni d'un frottoir).
Le premier tome, Le guetteur mélancolique, sorti en février 2008, reprenait le titre d'un poème de Guillaume Apollinaire pour commencer ce triptyque aux dessins impressionnants.
Un récit à suspens basé sur des faits réels :
L'histoire présente trois personnages principaux : un assassin en cavale, une jeune étudiante en médecine et un homme d'église.
Ces trois destinées vont se mêler dans cette reconstitution époustouflante d'un Paris sous les eaux, livrées aux mains d'un fleuve impitoyable qui les entraîne dans son sillage.
Cette Bd aux illustrations se rapprochant plus de l'aquarelle que du dessin embarque le lecteur dans une reconstitution réussie du Paris du début du siècle dernier pendant la prodigieuse crue de janvier 1910. On se retrouve perdu entre les hésitations mystiques d'un homme d'église tourmenté par le déluge, la cavale d'un assassin déserteur, et les choix difficiles d'une jeune bourgeoise qui compte bien devenir la première femme médecin.
Une trilogie ambitieuse mais réussie :
Les Bd qui prennent Paris comme décor et font fonctionner cette merveilleuse machine à remonter le temps que peut être la fiction sont légions dans la Bd française. A la lecture de cette nouvelle brèche temporelle, on pense aux dessins de Gibrat qui pour ses deux tomes du Corbeau nous offrait la vision d'un Paris occupé pendant le Seconde Guerre Mondiale. Ici, c'est la scène qui occupe le premier plan. Aussi belle que dangereuse, le dessin lui confère ici toute sa portée mystique et étrange, en multipliant les reflets de la ville dans l'eau jusqu'à la confusion. La perte des repères est totale ; cette crue métamorphose le visage de Paris mais aussi celui de ses habitants, occupés, pris d'assaut par l'élément liquide.

Entre Bd impressionniste avec tout un travail sur les ombres (lorsqu'Alice et Jean Fort se retrouvent dans les égouts) ainsi que sur le miroir, et reportage historique, les auteurs développent toute une mythologie basée sur celle de la Seine (Sequana est une nymphe chez les romains, fille de Bacchus, elle se transforma en fleuve de la couleur de ses yeux pour fuir les avances de Neptune), et en profitent pour revisiter le mythe biblique du Déluge.
Bien qu'on saisisse mal les enjeux de l'histoire (la crue menace, mais on ne trouve aucune tentative d'explication du phénomène et les modifications du comportements des citadins ne sont pas si évidents), on comprend aisément que l'intérêt de cet album se retrouve moins dans l'histoire que dans les vues de Paris sous la pluie incessante et oppressante. Une BD envoûtante et intriguante, qui mêle le réalisme du reportage à l'impressionnisme du mystique.
Thibault