jeudi 18 mars 2010, 11:37:05

Casterman
Septembre 2009
Christian de Metter nous reviens en ce pluvieux mois de septembre avec un brillant exercice de style, sous la forme d'une variation sur le thème de Marilyn. Il est important pour apprécier cet album à sa juste valeur, de ne pas s'arrêter sur son titre. De Metter ne s'emploie pas ici à livrer une énième version de la vie de l'actrice, alors que le titre pourrait exciter les plus indiscrets d'entre nous. Il ne nous donne pas accès à « l'autre côté du miroir » en nous offrant la possibilité de pousser le portail du jardin secret de celle dont les biographies ne se comptent plus. Amateurs de potins croustillants, passez donc votre chemin, l'intérêt de cet album est tout autre.

Une nouvelle fantastique
Plutôt que l'histoire d'une vie, l'auteur choisit la forme bien confortable et efficace de la nouvelle graphique, propice par sa brièveté à l'exercice de style. L'intrigue débute à New York à la fin des années 1950. Le personnage principal, Norman, jeune homme naïf et rêveur, se voit raccompagner, par le plus grand des hasards, la belle Marilyn, dans sa 203 coupée. De cette rencontre va naître une relation de confiance mutuelle qui amènera ce couple improbable à quitter New York pour la journée. La contingence fait parfois le bonheur, la vieille Peugeot tombe en panne. Alors que Marilyn, loin des vicissitudes de la vie de star, profite du doux crissement de la neige, une petite fille apparaît, apportant avec elle l'histoire d'un manoir et de ses habitants.
Un exercice de style réussi, mené par un dessin précis et déroutant de réalisme.

De Metter nous montre sa Marilyn personnelle, multipliant les portraits de son égérie dans tous ses états. Si l'auteur nous offre un passage derrière le miroir, ce n'est pas pour étaler la vie privée de l'actrice, mais bien pour nous montrer toute la vivacité du mythe qu'elle a engendré. Le miroir en question est bien celui de la fiction. Si la vie de Marilyn ressemble à un roman, de Metter propose l'histoire d'une Marilyn fictive, d'une Marilyn racontée et dessinée avec beaucoup de délicatesse, et infiniment plus de finesse que tous les biographes qui se sont arrachés au fil du temps les lambeaux de la vie de cette femme.
Un hommage donc, mais qui trouve quand-même ses limites. La principale faiblesse de l'album se loge dans les dialogues, souvent trop courts et pas très clairs, et ne présentant pas forcément un grand intérêt. Mais cette limite renvoie à celle plus générale inhérente à la forme même de la bande dessinée, et que seuls quelques rares rénovateurs s'offrent le loisir de dépasser. Si l'on doit s'attarder sur cet album qui n'en demeure pas moins une réussite, c'est pour le dessin grandiose, en aquarelles, et pour cette conversation touchante, qu'il se permet de rêver au moyen de la fiction, avec certainement l'une des plus grandes actrices du XXème siècle.
PS : En cadeau avec cette chronique, une petite friandise : "I want be loved by you". Bien à vous !
[ThiBault]