S'inscrire à la Newsletter - Recherche sur Prun' - Webmail - Se connecter

samedi 04 février 2012, 17:54:51

pub

Jackette live
-spacer-Hint - Pretty Stable-spacer-

jeudi 28 janvier 2010 par redac

  • Feed RSS 2.0

Mamohtobo

Nancy Peña & Gabriel Schemoul


Image de Mamohtobo

Auteur : Nancy Peña
Dessinateur : Gabriel Schemoul

Gallimard 2009, coll. Bayou

    Né de la collaboration de Nancy Peña avec le jeune dessinateur Gabriel Schemoul, Mamohtobo envoûte le lecteur pour l'embarquer dans un flot continu de traits entrelacés, puis le recracher sur une grève glacée, au milieu de marins russophones imbibés de vodka et de superstitions, en proie à la panique quand, coincés par la banquise, ils doivent faire face à un phénomène qui trouve ses origines dans la préhistoire.
Cet album aux accents de merveilleux folklorique propre à la culture soviétique plonge le lecteur dans un monde qui ne semble plus régit par les règles qu'on lui connait d'habitude ; le dessin semble s'affranchir de la pesanteur, du réalisme, pour se concentrer sur le ressenti, le spontané, voir sur l'esprit pur.

L'ivresse du trait :

    C'est cela que ressent le lecteur, alors qu'il doit s'imprégner de cet univers si particulier, mêlant glauque et bonhomie, mer et mensonges, amour et alcool ; une véritable ivresse dû à la surcharge de traits, de couleurs qui retranscrit parfois la peur, d'autre fois l'euphorie alcoolisée, d'autre fois encore la métempsychose, alors qu'une vieille chamane invoque un ancien Dieu.
On s'y perd un peu au début, et cet univers si particulier nécessite un véritable temps d'adaptation, que ce soit pour se repérer dans ce port ou sur le bateau, parmi ces marins ou leurs femmes, ou encore dans ce conte aux accents fantastiques. La déroute devient un outil manié avec brio dans cet incessant va-et-viens entre les marins coincés en mer et l'inquiétude de leurs femmes ; mais ne connait pas d'abus, ce qui crée cet effet envoûtant qui s'exerce sur le lecteur un peu perdu, mais vite gagné par une soif intarissable, celle d'en savoir plus, bien sûr, celle de comprendre, mais aussi celle de rester encore un peu plus dans cette perte complète de repères.

 

file la laine du jour

 

L'aquarelle pour le monde, le trait pour l'homme :

    Cet album à mi-chemin entre le conte traditionnel et l'histoire de marin s'illustre donc par son ambiance fouillée à la limite de la confusion, rendue admirablement par un dessin original et virtuose, mais aussi par un scénario respectueux des règles du genre mais qui ne se refuse pas quelques petites libertés (on peut reconnaître quelques paroles de "come as you are"). Ces hommes et ces femmes perdus dans la tourmente soulignent la violence de ce monde qu'ils ne contrôlent pas, et tout en restant les jouets d'une histoire qu'ils oublient et dont ils ne sont que les résidus, ils se débattent comme ils peuvent et perdent la foi de temps en temps. L'oubli, l'amour et l'ivresse du monde semblent être les principaux enjeux de cet album complexe mais envoûtant.

[ThiBaulT]

Share |


© '09-11 Prun' by Capripot & shift.