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jeudi 28 janvier 2010 par redac

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Le Goût du Chlore

Bastien Vivès


Image de Le Goût du Chlore

Casterman 2008, KSTR

    Au regard de la date de parution de cet album aussi surprenant que court à la lecture, on peut se demander pourquoi valoriser un album sorti l'année dernière, alors que Bastien Vivès vient d'en sortir un nouveau (Dans mes Yeux, chez KSTR en mars 2009). La réponse est simple, à la lecture du dernier opus de cet auteur, je suis resté sur ma faim, et cette frustration m'a emmené vers les précédents albums, afin peut-être de découvrir où il veut en venir. Je suis donc tombé sur Le Goût du Chlore, album à la douceur enchanteresse, empreint d'une mièvrerie qui avec Dans mes yeux  devient grossière, mais ici reste simplement candide.
Pour ce qui est de l'histoire, rien d'extraordinaire : un homme souffre d'un mal de dos et se voit contraint par son kinésithérapeute de fréquenter la piscine afin de se détendre. Cet homme va faire la rencontre d'une femme, barboteuse de haut niveau au sourire ravageur.

 

Discussion chlorée

 

La piscine en bleu turquoise :

    Le Goût du Chlore
se distingue tout d'abord par la douceur de son univers, rendu par un trait fin au réalisme stylisé, à dominantes de turquoise sur lesquelles se détachent parfois des corps soulignés finement par le noir ou le blanc d'un bonnet de bain ou d'un maillot. Le choix du lieu se révèle porteur de toute une mythologie qui est ici rappelée en filigrane, sans lourdeur ni voyeurisme. La piscine est un des lieux hanté par la sensualité des corps valsant avec l'élément liquide. Les combinaisons découpent les formes dans la moiteur d'un lieu surchauffé, le corps se dévoile parfois avec une gêne toute puérile et touchante qui sort tout droit de l'adolescence, alors qu'en face évolue entre deux eaux une femme décomplexée par des années de pratique.
A la lecture de ce titre, on pense fort à La Naissance des Pieuvres (de Céline Sciamma, 2007) où se jouaient dans les vestiaires d'un piscine de la banlieue parisienne le drame de l'adolescence, la découverte du corps de l'autre et la cruauté des amours infantiles. Ici, l'atmosphère est aussi doucement cruelle. L'amour est un va-et-vient aussi trouble que l'eau chlorée, en demi-teinte. La contemplation de cette inconnue ne fait que renforcer la douleur de son absence et l'attente insoutenable du mercredi suivant.

Entre joie et déception, le jeu de l'attente :

    Un album mat, qui marque par sa délicatesse. Pas besoin de trop en dire, les phylactères sont épurés et contiennent ces paradoxale conversations à la fois  banales et importante, décevantes mais attendue avec impatience ; puis au hasard d'une brasse crawlée surgit une question aussi bouleversante qu'inattendue, qui provoque chez l'autre la naissance d'une perplexité douteuse et dangereuse. Et qui restera déçus par l'absence de réponse. On s'attarde sur quelques pages à montrer un corps qui nage, mais ce n'est que pour renforcer l'attente insoutenable. Les cases se vident lorsque le personnage principal est seul, et se remplissent de l'effervescence de cette rencontre qui semble, du moins n'ose-t-on pas le croire, vouloir devenir hebdomadaire.

 

[ThiBaulT]

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