mercredi 08 février 2012, 20:55:08
Le lundi 15 juin à Paris, sur le site prestigieux de la bibliothèque François Mitterrand, va se tenir un dîner. La simplicité sera de mise : quelques deux cent couverts.
Il s’agit d’un dîner de « bienfaisance », organisé par Bruno Racine, président de la bibliothèque nationale de France. L’objectif est de récolter des fonds pour que les œuvres manuscrites de Guy Debord puissent être conservées en France.
Elles comprennent le manuscrit autographe de La Société du spectacle, le manuscrit de son dernier projet de livre, deux cahiers dans lesquels Guy Debord a inscrit ses rêves, tout ce qui concerne le Jeu de la guerre, avec un des cinq exemplaires de l'ouvrage qui a été pilonné, une collection de notes de lectures, toutes ses notes concernant le cinéma, de gros dossiers concernant l'édition, et l'ensemble de sa correspondance.
L’Etat a deux ans pour racheter ce fond d’œuvres. Sinon, il risque de partir vers le plus offrant. Et des universités américaines, comme Yale, sont déjà sur les rangs pour acquérir des manuscrits estimés à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Guy Debord, le situationniste.
Guy Debord estimait que la culture ne pouvait plus exister en tant qu’entité propre. Elle devait faire partie intégrante de la vie. Puis, en 1967, dans La société du spectacle, il politise ses théories. Il critiquait violemment la culture de son époque, rejetant le « règne autocratique de l’autonomie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable ». Ses idées étaient largement représentées lors de Mai 68.
Mais rapidement, elles vont se transformer en lieux communs. Banalisées, aseptisées, ses critiques vont se diluer.
Depuis sa mort en 1994, il est devenu très tendance de citer Guy Debord. Parfois, ceux qu’il dénonçait sont les mêmes qui se réclament désormais de sa pensée.
Un gala subversif ?
Au dîner de ce soir, il y aura des ministres, des représentants d’entreprises comme Total ou Véolia. Qui soutiendront le penseur anti-capitaliste et anti-consumériste qu’était Debord. Un gala subversif, en somme.
Les dons que ces entreprises feront sont déductibles à 90 % des impôts.
Ce dîner à 500 euros le couvert n’est pas forcément une mauvaise idée. Il faut aller chercher l’argent où il se trouve. Mais est-ce indispensable de garder les manuscrits de Debord en France ? Christine Albanel, la ministre de la culture, les a déclarés le 29 janvier « trésor national ». Mais si nous perdions ces manuscrits, serait-ce réellement une tragédie ? Peut-être que le plus important est que la pensée de Guy Debord, les théories qu’il a défendu jusqu’au bout retrouvent leur vraie signification et leur juste place dans le panthéon de la subversion.
Cyrille Masson