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TEMOIGNAGE : ZAD, une violence d'Etat au summum

Début avril, Oleg (prénom changé par soucis de discrétion) s'est rendue sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes au commencement de l'opération militaire d'expulsion du bocage. Un message qui témoigne de la position de l’État en terme d'usage de la force

Forces de l'ordre derrière un rideau de lacrymogène - ZAD - 15 avril 2018

Chère famille, cher·e·s ami·e·s proches,

J'espère que vous allez bien. [...]. Je reviens de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes avec P. J’en reviens en béquille, le corps lésé en une quinzaine d’endroits par des éclats de grenade assourdissante, et l’esprit durablement marqué par la violence d’État démesurée qui s’est exercée sur la zone depuis une semaine. Je vous écris car témoigner me semble un devoir.

Nous avons vécu une semaine traumatisante : les 2 500 gendarmes mobiles déployés pour l'opération d'expulsion nous ont inondé·e·s en continu de plusieurs milliers de grenades lacrymogènes, grenades assourdissantes, grenades F4 (celles qui ont tué Rémi Fraisse), tirs de Flashball, j’en passe et des meilleures. Y compris en pleine nuit, y compris sur un bébé habitant la zone ou une personne de 80 ans, de manière complètement délibérée, irresponsable et illégale.
Il n’y a pas encore eu d’être humain mort – en revanche beaucoup d’animaux, sans parler de la pollution et de la destruction du bocage. On a recensé une cinquantaine de personnes blessées chaque jour. En face, j’ai vu des zadistes répliquer (et non l’inverse) par des lancers de cailloux, de mottes de boue, de peinture, et de quelques cocktails Molotov (rarement efficaces).
Surtout, j’ai vu se déployer la solidarité, la bienveillance, le soin et l’attention à l’autre, avec une intensité qui restera bien plus longtemps que la violence de l’État.

Vous qui me faites confiance, vous préoccupez de moi, peut-être m’aimez : ne vous inquiétez pas pour moi. Mes blessures sont heureusement légères (les éclats peuvent pénétrer jusqu’à trois centimètres sous la peau mais chez moi ils n’ont pas touché d’organe vital ; quant aux effets à long terme des gaz lacrymogènes respirés à haute dose, on verra).
Le traumatisme psychologique, partagé avec toutes les personnes qui ont vécu cette semaine, mettra plus longtemps à se résorber, mais comme je l’ai dit, la gentillesse, l’entraide et l’humanité que j’ai reçues sont mille fois plus puissantes.

Je vous invite néanmoins à vous renseigner attentivement et avec un œil critique sur ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes. Il me semble que les principaux médias, ceux qui appartiennent hélas souvent à des milliardaires et en défendent les intérêts, ne font que relayer les images de la gendarmerie et le discours du gouvernement.
Des médias indépendants (comme Reporterre, par exemple) seront certainement une source plus crédible. La meilleure manière de vous renseigner reste d’aller sur place voir de vos propres yeux : il faut le vivre pour le croire. Le site de la ZAD (où l’on retrouve plein d’infos et où l’on peut écouter Radio Klaxon, la radio locale) : https://zad.nadir.org/.

La ZAD n’est pas évacuée ; la ZAD est vivante, fourmillante d’énergie, d’idées, de créativité. Des personnes de tout âge, de tout horizon, continuent d’affluer sur place, et il y a mille et une manière d’aider à distance. Ce n’est pas un repaire de terroristes, mais au contraire un endroit où des personnes très différentes expérimentent d’autres manières de vivre et de construire, à mille lieues de la logique brutale de répression, de concurrence et de cynisme qui caractérise notre époque.

Je suis très heureuse d’être allée défendre, par ma simple présence, un endroit et des gens qui m’inspirent, et j’ai hâte d’y retourner. Ma défiance vis-à-vis de l’État et du système dans lequel nous vivons en sort renforcée, mais ma confiance en l’être humain et en ses capacités de résilience et d’invention (est) décuplée. J’espère que vous comprendrez que j’ai besoin d’un peu de temps pour me remettre de tout cela. J’emporte des tas de souvenirs, tel ce couple portant des masques à gaz, improvisant une valse au son de l’accordéon au milieu des fumées lacrymogènes.

Prenez soin de vous et à bientôt,

Oleg


notre-dame-des-landes / violence / zad / nddl / violence policière / écologie

Article réalisé par Rédaction Prun'

Publication : Lundi 30 Avril 2018

Illustration : Forces de l'ordre derrière un rideau de lacrymogène - ZAD - 15 avril 2018

Crédit photo : doublichlou14 - Creative Commons - flickr






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