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Musée Home : la différence culturelle sous les yeux de Michel Sardon

Michel, ami fidèle de la rédaction de Prun', s'est vu attribué la mission d'un éditorial bien policé par la rédaction en chef. Il a, comme à l'habitude, enfreint toutes les règles de temps et du politiquement correct.

Une du magazine Le Point le 28 mai 2015

Pour l'émission Spéciale Chocs de Cultures au Château des Ducs de Bretagne, le red'chef a obligé Michel à raccourcir son édito pour l'antenne.
Voici sa version intégrale, pour l'honneur masculin de Michel :

" Aujourd'hui c'est une spéciale choc. De la villardière n'a pas pu venir alors je me cogne l'Edito. Peu inspiré par ce type de sujet digne d'intellectuels médiatiques autoproclamé.
J'y vois une tentative de buzz vomitif proposé par notre redac chef pour signifier à la terre entière que Prun' a fait sa rentrée.
Je suis peut être un peu trop méfiant finalement, mais ce thème usé, voir usité ces derniers temps, est devenu une forme d'antigène soluble marquant à la fois la pauvreté cérébrale et le marketing électoral de ceux à qui l'on donne trop souvent la parole.

Alors on va essayer de faire différemment, je n'ai pas dit mieux, j'ai bien dit différemment.

Le choc est il seulement quelque chose de négatif ?
Le choc culturel est l' effet produit sur un individu pris au dépourvu lorsqu'il est plongé dans une culture étrangère ou lorsqu'il la rencontre. Il convient d'ajouter que ce choc peut s'appliquer de différentes façons, que l'on soit dans la découverte, étonné, intrigué, apeuré ou encore perdu.

Multifactoriel, le choc culturel reste subjectif et relève de l'idiosyncrasie, une prédisposition particulière de l'organisme qui fait qu'un individu réagit d'une manière personnelle à l'influence des agents extérieurs.

Le choc culturel est bien souvent confondu avec l'idée du choc des cultures, thèses reprise par les politiques en mal de polémiques et de savoir faire sur les questions sociétales, laissées de côté pendant la diffusion de leur message nauséabond hors du temps et de la réalité, soit par enfumage, opportunisme, ou crétinisme involontaire.

Ici je pars du principe que le choc culturel lié à la découverte de l'autre est bénéfique, et si ça ne vous convient pas c'est pareil.
Il s'agit, pour éviter la confusion de distinguer la différence entre choc culturel et le choc des cultures, deux notions sensiblement différentes, atteintes malgré tout d'un parallélisme discontinu, amenées à se mélanger quelques fois.

Raja Chouerie, Docteur en Géographie culturelle, politique et historique de l’Université Paris 4-Sorbonne explique que le choc culturel, aussi dur soit il, est associé à la tolérance, la modération, l'adaptation, la flexibilité mentale, l'ouverture d'esprit, l'enrichissement discursif, l'éducation de soi et le renouvellement personnel, la remise en cause des préjugés et des stéréotypes collectifs hérités, l'autocritique et la relativisation de l'ethnocentrisme.

Si le choc culturel est un commencement, nous pouvons alors considérer que l'acculturation (modification des modèles culturels de base de deux ou plusieurs groupes d'individus, de deux ou plusieurs ethnies distinctes, résultant du contact direct et continu de leurs cultures différentes) en est son aboutissement, phénomène qui se développera sur plusieurs générations, si le voyage s’arrête là ou le choc culturel a débuté.

Une différence majeure oppose le choc culturel et le choc des cultures, en imposant le débat sur le choc des cultures, l'identitaire revient sur le tapis, à travers cela c'est le communautarisme qui se renforce, se développe sur des thèmes que l'on pensait enterrés par l'histoire et ses Mea Culpa répétés.
Une fois le communautarisme installée le choc culturel prompt à intégrer la notion de développement de l'autre, de soi, du savoir et de la connaissance s'en trouve mortifié, voir détruit.

Le choc des cultures est bien le terreau fertile du racisme, du colonialisme, de l'intégrisme, du fondamentalisme, de l'arrogance et du mépris des peuples, de leur culture consolidant les préjugés et cultivant les clichés, une démagogie sans teneur multipliant les problèmes tandis que le choc culturel cultive le solutionnement.
Les thèmes racialistes distinguent les peuples selon une hiérarchie qui leur est propre, une surévaluation d'une culture au détriment de l'autre empêche la possibilité de développer le savoir issu du choc culturel en lui même.

Ce choc culturel vécu d'une manière plus ou moins difficile selon les conditions d'arrivées (mais aussi d'accueil) tend à se désagréger quand les discours imposent une articulation des discussions autour du choc des cultures. On ne peut toutefois pas oublier que ses premiers balbutiements, une fois vécus, peuvent être extrêmement difficiles à entretenir, à comprendre ou même encore à mettre en place dans sa propre élévation de soi.

La mondialisation ou globalisation favorise le choc culturel tout comme la technologie qui nous emmène au-delà des frontières sans trop d'effort, la migration est le principal déclencheur du phénomène. Il est alors étonnant au premier abord de voir que le monde se ferme de plus en plus.

France info le 21 septembre dresse un constat sur la construction et la croissance par le BTP. Tandis que les matières et l'argent passent tranquillement les frontières , les hommes rivalisent d’ingéniosité pour empêcher les flux migratoires.
Le barbelé aurait le vent en poupe en ce moment pour les investisseurs qui nous écoutent.
France Info d'ajouter : C'est « 65 murs construits et planifiés, soit 40.000 km de long, ou la circonférence de la Terre » qui se met en place depuis vingt ans avec une accélération ces derniers mois. Toutes ces fortifications signalent le même phénomène : une logique de fortification de la frontière. Tandis que les "vieux murs" servaient à éviter que les conflits ne dégénèrent (Chypre, Inde / Pakistan, les deux Corées...), aujourd'hui, il s'agit de blinder la frontière, d'en faire une "sur-frontière".

Les migrations sont inéluctables, l’histoire est jalonnée de cette progression humaine plus ou moins rapides selon l’évolution des technologies, du commerce, de l’expansionnisme. Ce phénomène de fermeture, accentué par une crise planétaire se renforce et fait régresser les consciences sur ce qu'est la possibilité d'une mondialisation plus complète, difficile à freiner mais qui ne concerne aujourd'hui que les marchés.

Au passage, Exceptional People, paru en 2011 aux Presses universitaires de Princeton explique par ailleurs que la totale libération des flux engendrerait 39 trillions de dollars en vingt-cinq ans.

La migration engendre tout ces questionnements. Par choix ou par obligation elle possède presque autant de raisons que de candidats, On oppose souvent deux modèles, d'une manière binaire. D'un côté, une défense de l'identité à travers une politique d'homogénéisation du peuple, de l'autre une cosmopolitisation d'une culture pourtant fondée sur les mouvements des frontières.

Doit on limiter des autorisations d'accès au territoire au seul type caucasien pour ne pas se sentir perdu ?
Le choc culturel se produit aussi entre un polonais et un français, bien qu'ils soient tout deux européens. Il ne s'agit pas de chercher à tout prix l’universalisme, consistant à prendre le meilleur de chaque culture pour n'en créer qu'une seule. C'est alors le savant mélange d'un relativisme modéré et de cette universalisme qui conduira le choc culturel à une synthèse subjective, mais réaliste.

Il ne s'agit donc pas de pousser à l'acculturation, mais plutôt à l’échange, à rendre commun ce qui nous rassemble pour échanger sur ce qui nous divise. L’universalisme peut par exemple, exister pour annihiler certaines pratiques inhumaines tandis que le relativisme vidé de ses aspects les plus moribonds permet à la fois de se revendiquer d'une culture et dans le même temps apprendre ou s'en inspirer tout en préservant certaines valeurs.

Le choc culturel n'est pas applicable sous l'angle de l'ethnologie seule, elle doit s'accompagner d'une forme philosophique voir sociologique tant que la réalité restera en mutation permanente et historique. Beaucoup de choses nous rassemble, Edgar Morin, sociologue français, explique que les peuples sont soumis au même destins et partagent les mêmes périls économiques ou écologiques.

Ce sont les migrations qui ont façonnés notre monde, et ce sont elles qui déclenche le mécanisme de choc culturel. Alors pourquoi favoriser le repli tandis que nous sommes tous dans la même merde.Et dans le fond, pourquoi ne pas la partager ?


édito / emission spéciale / musée home / migration / culture / politique

Article réalisé par Rédaction Prun'

Publication : Mercredi 05 Octobre 2016

Illustration : Une du magazine Le Point le 28 mai 2015

Crédit photo : Le Point






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