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Billet d'humeur : Indignation récréative

La bienséance collective ou comment soulager sa conscience ? ou manuel du passage de la haine à l'amour

Agglomérat devant les caméras

Un rassemblement Place Royale s'est déroulé  hier soir à Nantes comme dans toute la France. Ils étaient près de 100 000  à manifester leur désarroi dans les rues. Ces manifestations ont même dépassé nos frontières, Tunis, Madrid ou encore Cologne se sont aussi mobilisées pour crier à l'horreur.

L’événement a créé de nombreuses réactions, parfois sincères, parfois édulcorées et souvent hypocrites, peut-être motivées par ce principe très humain d'accompagner ses morts en bonifiant leur image. Une forme d'absolution laïque pour le passage dans l'autre monde et soulager une culpabilité délétère qui prend forme pour des raisons différentes dans les esprits.

Beaucoup sont indignés, c'est une réaction humaine, la profession fait preuve encore une fois d'un corporatisme exagéré et dégoulinant, déblatérant des monceaux d'adjectifs glorifiants  pour un journal souvent décrié, régulièrement accusé de faire le jeu de l’extrême droite ou encore d'appliquer "un ethnocentrisme rance" (CQFD-2006 en rapport à l'affaire Val-Siné, on peut souligner la valeur de la liberté d’expression quand ce dernier se voit limogé pour un article sur le fils de Nicolas Sarkozy-article écrit par Mona Chollet.)

Certains journalistes sont nichés derrière le préfet et les caméras, pour s'assurer que leur présence sera visible, applaudissent, et derrière moi : "pourquoi on applaudit là" ?...


Les politiques ne sont pas en reste, de gauche comme de droite beaucoup ont été interrogés pour combler le manque d'information tout au long de la journée d'hier. Toute la classe politique est devenue écolo en pratiquant un recyclage profitable des faits.  Ils ont pu distiller une certaine émotion, permis à Mr Sarkozy de s'offrir une tribune pour retrouver une stature présidentielle malmenée ces temps-ci. Un Florian Phillipot qui polémique à 13h30 sur France Info qui fait du BFMTV, ou encore Claude Guéant qui s'adonne à un exercice hypocrite.
Par ailleurs on parle beaucoup des dessinateurs mais peu des personnes anonymes qui ont aussi perdu la vie.

Atteinte à la liberté d'expression

Le crayon brandi bien haut et le journal sont devenus des symboles, les gens aiment bien les symboles, ça crée une sorte de repère, et se réunir de temps en temps ça fait du bien, ça fait se sentir humain, sociable un peu comme le printemps des voisins, mais une fois par an c'est suffisant.

L'émotion a pris la place de la réflexion. On a entendu hier soir crier liberté, laquelle ? Peu de candidats enclins à donner leur avis au micro même si les spéculations vont bon train entre  les groupes d'amis.
La liberté d'expression n'a au contraire pas été atteinte. Ces journalistes sont morts pour leur travail, Charb avait par ailleurs annoncé "préférer mourir debout que de vivre à genoux". Ils sont allés au bout et cette fameuse liberté, notion à variable ajustée, s’accommodant selon les besoins de la conscience collective néanmoins sélective.
Alors non cette attaque n’annihile pas la liberté d'expression, elle la renforce ; peut être alors, cet événement apportera une dimension réflexive sur notre pays et sa façon de voir les choses et de mener sa politique sur ces sujets.

L’émotion de l'opinion publique, un bien précieux.



La loi anti-terrorisme est publiée au Journal Officiel le 14 novembre dernier. Débattue pendant l'été elle a été validée par les deux chambres assez rapidement. Une loi qui fournit des pouvoirs supplémentaires aux gouvernements en place qui se procurent des outils liberticides en termes de surveillance, de censure et surtout de possibilités d'arrestation sur de simples soupçons sans qu'aucune cellule de contrôle ne soit mise en place.
François de Rugy (EELV) a par ailleurs fait part de ces manquements démocratiques à l'assemblée nationale à la tribune pour expliquer son vote. Cette loi a un volet sur la presse et modifie le régime protecteur datant de 1881. On retrouve sur ce site toutes les exagérations, ingérences et les possibles dérives ici.
L'émotion liée à ces actes pourront peut être permettre l'acceptation de lois encore plus sécuritaires au nom du bien commun tout en détruisant les libertés acquises.
Encore plus efficace que la politique de la peur pratiquée avec justesse depuis des lustres, politique qui, on l'a vu, a aujourd'hui ses travers et renforce les idées extrémistes, communautaristes et racistes.

11 septembre, exagération idéologique


Cette assimilation fait que la France aussi possède maintenant son événement dramatique, comme un monument représentatif d'une culture ou d'une nation.

Cette ingurgitation malvenue termine le tableau et s'invite comme une signature qui valide les politiques sécuritaires existantes et peut être à venir ?

Michel Onfray est l'un des premiers à exprimer cette idée (on rappelle que le dernier deuil national était pour ce fameux 11 septembre) tout en craignant la radicalisation du discours politique, paradoxale lorsqu'on distille une idée permettant les amalgames de ce type.

Effets pervers


Les spéculations vont bon train sur Qui ? Comment ? Où ?  Et perturbe l'information qui doit éclairer la population.
La vie va reprendre peu à peu son cours, peut être que Charlie Hebdo continuera de paraitre, les ventes du numéro de cette semaine ont explosé, et l'on retrouve déjà des numéros anciens sur E bay à des prix incroyables. Beaucoup de ceux qui affichent aujourd'hui "Je" ou "Nous sommes Charlie" n'ont peut être même jamais ouvert ce journal et quant à ceux qui comme http://je-suis-charlie-hebdo.spreadshirt.fr/ commencent déjà la marchandisation de produits dérivés  peuvent être à loisir considérés comme des vendeurs de mort.


Ce que l'on peut souhaiter, c'est la continuité d'un journal peu importe sa ligne éditoriale, tout comme l'explique la Une de l'Humanité le jour de l'assassinat de Jaurès, il y a 100 ans. Jaurès aurait souhaité que le journal sorte pour continuer le combat, qui, à l'époque était le refus de la guerre et de la violence.


Michel Sardon est aussi journaliste pour Le Flingue à Saucisse, une émission diffusée chaque dernier dimanche du mois et dont le prochain thème sera le terrorisme, une approche sémiologique.


charlie hebdo / nantes / journalisme / anti-terrorisme / loi

Article réalisé par Ludovic Rebeyrol

Publication : Jeudi 08 Janvier 2015

Illustration : Agglomérat devant les caméras

Crédit photo : Michel Sardon





Commentaires

Guib's - 08/01/2015 14h23


Laurent - 08/01/2015 20h02


Mathieu Le Gac-Olanié - 08/01/2015 23h25


Yann - 09/01/2015 00h48


thomas - 09/01/2015 01h04


thomas - 09/01/2015 01h12


Johann (Un Diner sur l'Herbe) - 09/01/2015 01h20


Vincent Le Hen - 09/01/2015 08h11


Michael - 09/01/2015 11h48


Michael - 09/01/2015 11h51


Michael - 09/01/2015 12h23


Romain - 09/01/2015 12h55


Camille Pollet (Prun') - 09/01/2015 13h04


Louis Scocard - 09/01/2015 14h14


Thomas Preveraud - 11/01/2015 13h18


laurent j - 11/01/2015 21h39



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