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Tair Kaminer et Omar Saad, objecteurs de conscience israéliens

En 1979, l'universitaire Gadi Algazi fondait le mouvement des « refuzniks », ces objecteurs de conscience israéliens qui refusent d'effectuer leur service militaire afin de contester l'occupation des territoires palestiniens.

Refuser la conscription


Depuis sa création en 1948, l’État d'Israël rend obligatoire la conscription. Dès l'atteinte de la majorité, les jeunes israéliens sont ainsi appelés sous les drapeaux : pendant trois ans pour les hommes, pendant 22 mois pour les femmes. À la fin de leur service et jusqu'à l'âge de quarante ans, ces citoyens ont également à s'investir dans l'armée de réserve, une armée forte d'un demi million d'individus mobilisables à tout moment.

Quand certains sont déclarés inaptes par l'administration (les Arabes israéliens, les juifs qui se consacrent à l'étude religieuse, les femmes mariées ou enceintes ainsi que les migrants nouvellement arrivés sur le territoire), d'autres font le choix de l'objection de conscience, du « refus d'accomplir certains actes requis par une autorité lorsque ceux-ci sont jugés en contradiction avec des convictions religieuses, philosophiques ou politiques. »

C'est le cas de Tair Kaminer et d'Omar Saad, deux Israéliens qui sont venus témoigner dans le Ghetto Blaster à l'occasion de leur passage à Nantes. Ces militants ont renoncé à se présenter au bureau d'enrôlement de l'armée en faisant parvenir à celle-ci une lettre rendue publique. Israël ne reconnaissant pas l'objection de conscience, il leur a été demandé de se justifier en avançant des raisons médicales : désireux d'affirmer leur engagement, Tair Kaminer et Omar Saad ont refusé ce compromis. À plusieurs reprises, ils ont ainsi été jugés et incarcérés dans une prison militaire.

Un acte politique


Issus d'un environnement familial progressiste, Tair Kaminer et Omar Saad militent pour un État palestinien indépendant, libre, digne et contre le vol de terres, les meurtres et la destruction de maisons. 

C'est à l'occasion d'un bénévolat effectué auprès des Éclaireurs et des Éclaireuses israéliens dans une ville située dans une zone de guerre proche de la frontière avec la bande de Gaza que Tair Kaminer a pris la décision de ne pas prendre part à l'action de l'armée. Pendant sa mission, elle a pris conscience du sentiment de haine que fait régner le conflit dans l'esprit des jeunes Israéliens avec lesquels elle a pu travailler. 

Omar Saad, lui, appartient à une communauté arabe israélienne prônant un islam hétérodoxe : il est Druze. Depuis 1956, Israël tente d'isoler et d'assimiler cette minorité qui se revendique parfois, à l'image d'Omar Saad, comme palestinienne. Les Druzes ont ainsi l'obligation de s'enrôler dans l'armée. Omar Saad a refusé : musicien, il fait partie avec ses trois frères et sœurs du Quartet Galilée mais également du Palestine Youth Orchestra. La seule arme qu'il souhaite manier, c'est son violon. Il ne pouvait s'imaginer portant un habit militaire en contrôlant l'identité des Palestiniens avec lesquels il s'implique dans ses différentes formations instrumentales.

Tair Kaminer a été placée en détention à six reprises pour une durée totale de cinq mois, Omar Saad sept fois en sept mois. Sa dernière incarcération aurait pu lui coûter la vie : atteint d'une infection virale, il a dû attendre quatre jours avant d'être soigné par un médecin. S'ils sont aujourd'hui libres, leur refus du service militaire n'a pas été sans conséquences : le régime empêche parfois les « refuzniks » d'accéder à l'université, de travailler ou de se présenter à l'examen du permis de conduire. La forte militarisation de la société vient peser davantage sur Tair Kaminer et sur Omar Saad. Considérés comme des hors la loi voire comme des traîtres, ils reçoivent régulièrement des messages de menace.

Depuis le début des années 2000, l'Organisation des Nations unies (ONU) demande régulièrement à Israël de reconnaître les objecteurs de conscience au service militaire comme c'est le cas dans de nombreux pays où ils bénéficient d'un statut particulier. Cette désobéissance civile qu'est l'objection de conscience ne se limite néanmoins pas à la conscription : l'organisation Breaking the Silence collecte et publie ainsi des témoignages de soldats sur les dérives de l'armée israélienne.

En tentant d'attirer l'attention de l'opinion publique au risque d’enfreindre les lois, les lanceurs d'alerte du monde entier incarnent eux aussi une forme de résistance qui peine à se doter d'un statut juridique. Alors que les nouveaux moyens de communication permettent à ces citoyens de toucher un public de plus en plus large, quel sera l'avenir des objecteurs de conscience comme Tair Kaminer et Omar Saad ?

 Article réalisé par Kévin Zocly et par Valentin Peden


interview / politique / armée / israël

Article réalisé par Valentin Peden

Publication : Mardi 25 Octobre 2016

Illustration : Point de contrôle de l'armée israélienne près de Jérusalem

Crédit photo : Wikimedia Commons






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