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La fabrique du citoyen

Public Sénat a diffusé en mars 2016 un documentaire du journaliste Jean-Michel Djian. Ce dernier évoque l’histoire de la ligue de l’enseignement et son engagement pour une éducation populaire. Ligue, trop peu connue et reconnue pour son travail.

Visuel

L’éducation. L’école. La culture. Peut-on vraiment prendre pleinement conscience de ce qu’est la vie si nous ne sommes pas armés pour la comprendre ? Pour la comprendre, encore faut-il s’être assis sur un banc d’école. Sur plusieurs bancs d’école.

Quelle chance de pouvoir avoir accès à l’enseignement. Si aujourd’hui cela semble simple, une inscription à l’école et nous voilà élève, cela n’a pas toujours été le cas. Des hommes se sont battus pour que chaque citoyen puisse apprendre et se forger une opinion basée sur des connaissances. Ces hommes, ce sont Jules Ferry, Léon Gambetta, Léon Bourgois, Ferdinand Buisson, Jean Zay, Claude Julien ou encore Vincent Peillon aujourd’hui. Tous à leur manière, dans leur fonction, ont milité pour éduquer le peuple et pour institutionnaliser l’élévation de la pensée. J’ai par là même appris la signification du mot instituteur. C’est donc cela, « institutionnaliser l’élévation de la pensée ».


Autre grande figure dans la ligue : Jean Macé

 
Il a accompagné la révolution de 1948 et la défense de la république. Jean Macé va écrire des ouvrages de vulgarisation, comme "L’histoire d’une bouchée de pain". Cette lettre à une petite fille sur la vie et l’homme et ses animaux connaît un grand succès et le nom de son auteur deviendra connu.

Jean Macé va alors entreprendre un combat militant abandonné en 1851. Il fondera la première bibliothèque communale, puis en 1863 une société des bibliothèques communales. L’éducation populaire est au cœur de ses ambitions. Pour ce journaliste et professeur de jeunes filles, c’est par l’éducation qu’un citoyen « digne de ce nom », comme il l’exprimera, pourra exister.

Il va créer la ligue en 1866 pour que les jeunes avides de savoir s’émancipent et s’enrichissent intellectuellement. Ouvriers et notables vont se réunir au sein de cercles pour penser cette émancipation. Une énergie collective va naître de ces réunions et avec les années d’autres hommes, comme ceux cités plus haut, s’inscriront dans cette démarche.  

Instruction gratuite, obligatoire, laïque

Nous parlons beaucoup de laïcité aujourd’hui, mais cette dernière est inscrite depuis longtemps dans notre société. Comme le rappelle ce documentaire « la république doit donner des occasions de partager mais surtout de penser par soi-même, l’idéal des lumières ».

Ce projet éducatif est au cœur de l’éducation nationale. Parce qu’un citoyen impliqué et pouvant participer au débat contribuera forcément à ne pas rester dans l’égoïsme de l’individualisme. Victor Hugo ne croyait lui qu’à une école : l’école publique. À l’époque, quand les catholiques s’attachent à la responsabilité du père de famille, les républicains considèrent que l’éducation passe par la mise en œuvre de la responsabilité de l’État.  
Comme de nombreux discours portés par Jean Jaurès, celui qui est présenté dans ce documentaire reflète parfaitement la pensée de ce leader socialiste. Il s’agit du débat parlementaire sur la loi de séparation de l’Église et de l’État de mars à juillet 1905, à la chambre des députés. Prononcé le 20 avril 1905, le discours sera très applaudi.

 « C'est sans équivoque, c'est sans ambiguïté, c'est en respectant dans la limite même de leur fonctionnement les principes d'organisation des églises, qui ne deviennent plus qu'un des éléments de la liberté civile générale, et c'est en dressant contre ces églises la grande association des hommes travaillant au culte nouveau de la justice sociale et de l'humanité renouvelée, c'est par là et non par des schismes incertains que vous ferez progresser ce pays conformément à son génie. Voilà pourquoi l’œuvre que la commission nous soumet, œuvre de liberté, œuvre de loyauté, œuvre hardie dans son fonds mais qui ne cache aucun piège, qui ne dissimule aucune arrière-pensée, est conforme au véritable génie de la France républicaine ». 

- À noter que vous pouvez retrouver les grands discours de Jean Jaurès via ce site : Jaurès ou la nécessité du combat 

La force de la ligue depuis 1866


Jean-Michel DJIAN a souhaité montrer la puissance de la ligue de l’enseignement où de grandes personnalités ont porté la république derrière l’État. Question importante en ces temps incertains : la ligue est-elle fragilisée ? En tous les cas l’héritage de Jean Zay n’est pas partagé par tous ceux qui encouragent le consumérisme et l’individualisme.

Ce documentaire nous remet à l’esprit le capital qui a permis à la ligue de prospérer. Ce capital c’est l’héritage de Jules Ferry et de Jean Zay. « L’école, c’est notre sanctuaire républicain ». Des hommes et femmes se sont battus pour elle. Le mouvement populaire compte aujourd’hui 2 millions de membres et 30 000 associations. Les activités périscolaires y sont très importantes.

Après l’histoire, place aux discours


Ce que je retiens de ce documentaire, outre les plans entraînants, les quelques notes d’accordéon, les images d’archives agrémentées d’une voix off nous rappelant les grandes lignes de cette ligue, c’est aussi les témoignages d’hommes et de femmes. Ceux qui prennent la relève.   
Voici quelques extraits : 
« Jean Zay avait un point de vue fort, qui considérait que l’éducation nationale était le devoir de l’état mais qui était toujours menacé de suffisance. Alors la suffisance c’est aux deux sens du mot. Il y a la suffisance avec les suffisants qui font peur au peuple, ceux qui éloignent le peuple de la culture car ils donnent le sentiment qu’ils sont seuls à pouvoir la posséder. Et il y a la suffisance de ceux qui croient que leur institution peut à elle seule totaliser l’ensemble des missions de transmission. Jean Zay proposait donc que l’éducation populaire soit comme un engagement de la nation ». Philippe Meirieu, Professeur en sciences de l’éducation.

« La ligue a été pionnière sur la compréhension que l’éducation n’est pas circonscrite à l’école. C’est plus vaste que ça, ça rappelle que toute notre vie ce sera ce pas de plus. Nous devons donc beaucoup aux enseignants qui portent les élèves. La ligue fait des choses bien, mais ne le fait absolument pas savoir. Elle s’est constituée par l’engagement des « hussards noirs » de la république. Instituteurs de l’école publique très engagés dans la vie de la cité. Il y a eu un dessaisissement de la sphère politique ne serait-ce que par la sphère économique ». Cynthia Fleury, psychanalyste et philosophe.

 « J’entends quelques arrogants, qui disent que les jeunes ne sont pas cultivés comme nous l’étions nous-même. Moi j’ai travaillé avec beaucoup de ministres. J’en ai vu des fautes d’orthographes, par des gens qui étaient sortis de l’École Nationale d’Administration ou même agrégés de philosophie, docteurs. Mais qu’est-ce donc cette façon de parler des autres ? C’est précisément l’inverse d’une démarche d’hommes et de femmes cultivés. Moi les grands esprits que j’ai rencontré, j’ai eu la chance d’en croiser dans ma vie, les Georges Charpak, les Jean-Pierre Vernant, les grands esprits qui font le rayonnement français, jamais ils n’avaient de mépris pour personne. Ils ne pensaient pas qu’une faute d’orthographe méritait de faire la UNE du journal sur « ce sont tous des ânes ». C’est le contraire qu’il faut faire ». Vincent Peillon, homme politique français du Parti socialiste.

« L’idée de se vider la tête est toujours un mot qui m’a fait horreur, car une tête n’est pas faite pour rester vide. Si elle est vide, elle doit se remplir d’autres choses. La république doit former les citoyens, mais le citoyen est mis à toutes les sauces. Il ne faut jamais oublier que le mot citoyen est premier. Cité découle de citoyen et non citoyen de cité. Les citoyens c’est l’ensemble de ceux dont va découler une cité. Il y a aujourd’hui, concernant la politique, une faiblesse d’analyse et de solutions qu’ils peuvent apporter ». Danièle Sallenave, écrivaine membre de l’académie française 

Pour le reste, vous découvrirez les différentes séquences de ce documentaire très riche et très documenté. Il donne envie d’en savoir plus, de connaître l’avis d’autres experts, mais également de regarder d’autres films de Jean-Michel Djian. Il y a une empreinte, une sensibilité toute particulière qui est une belle promesse à d’autres réalisations à caractère culturel alliant le style et le fond.  




chronique / documentaire / télévision / administration / république / la fabrique

Article réalisé par Marie Cécile Delahais

Publication : Mardi 19 Avril 2016

Illustration : Visuel "La Fabrique du citoyen"

Crédit photo : Jean-Michel Dijan






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