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Détroit en concert : Transe générationnelle

Fin de tournée samedi dernier à Nantes pour Détroit, le groupe de Bertrand Cantat. Face à un public survolté, l’ex leader de Noir Désir, au grain de voix unique, a démontré une présence scénique explosive et un talent intact. Une prestation monstre.

Pochette de l'Album de DETROIT

Samedi se jouait au Zénith le dernier concert de la tournée de Détroit, groupe du chanteur Bertrand Cantat et du bassiste Pascal Humbert. Dans la salle aux 9 000 places, bondée, surchauffée, le frisson était au rendez-vous, la foule comme un seul homme, unanime et suspendue aux lèvres de ce grain de voix reconnaissable entre mille. De ce public hétérogène (majoritairement composé quand même de 30-50 ans) émanait une nostalgie sincère et une reconnaissance éperdue face au talent de Cantat. L’émotion, palpable, semblait flotter dans l’air, un seul regard autour de moi suffisait pour se rendre compte que nous fixions tous la scène avec ce même espoir adolescent que lorsque nous écoutions Noir Désir enfermés dans nos chambres, blessés par un déclin amoureux, ou au contraire en hurlant avec notre bande de potes sur « Un jour en France », nullement apeurés par nos vocalises hystériques et fausses. 


Le plus intime des paradoxe

La magie d’un concert réside dans son paradoxe même, cette impression d’être seul à écouter, à entendre, à comprendre le sens des mots, cette sensation que l’artiste sur scène ne joue que pour nous et ne voit que nous. Nous sommes seuls à plusieurs, seuls ensemble, nous sommes nous et le chanteur. Car nous sommes en réalité une entité dévouée à une seule et même cause, dans une bulle commune, un unique dessein nous anime, celui de réentendre ce qui nous a tant fait vibrer, encore et encore. 
À ce jeu-là, le concert de Détroit est imbattable. Le groupe enchaîne en rafales maîtrisées les titres magnifiques, Horizon, Sa majesté, Droit dans le soleil… Puis vient ce moment où seule au monde je me surprends à chuchoter « ça m’amuse que tu sois ma Muse, dis-moi si ça t’amuse aussi ou bien si tu refuses... » pendant que Cantat le prononce, lui,face au micro, d’une voix souple et profonde… Seule, je ne le suis plus, je suis à nouveau 9 000 quand il entame « Ernestine », pour moi l’une des plus belles chansons de Noir Désir. Le peuple (oui, le mot est bien choisi) s’embrase alors, soulevé de nostalgie, reviviscences de soirées adolescentes électriques, où le mouvement de tête des uns se mêlait à la voix en train de muer des autres, sans jamais atteindre ne serait-ce qu’un centième de la perfection musicale du meilleur groupe de rock français, dont l'hégémonie est encore aujourd'hui incontestable.

De la qualité du concert : l'aura de Cantat

Les textes de Détroit, comme ceux de Noir Désir, sont toujours puissamment écrits (« Qui de ma tête ou de mon cœur va imploser comme une étoile, quel débris ou quel morceau de moi d'abord, te rejoindra…), Bertrand Cantat n’a rien perdu de sa verve, de son aura de parolier, entremêlant âpres souvenirs d’heures carcérales, morceaux tranchants et bruts, poésie métaphorique, messages politiques, paroles sombres et voix hypnotique au rendez-vous. Le chanteur-magicien est également une bête de scène habitée, dans une sorte de symbiose obsessionnelle avec l’objet-scène, ne fait qu’un avec son équipe, survolté et vibrionnant, son timbre résonne dans l’arène, tantôt doux et grave sur des riffs de guitare, ou puissant de vibrations lorsqu’il délivre des idées politiques entre deux couplets. La présence scénique du beau cinquantenaire est bluffante, tour à tour drôle, en connivence parfaite avec ses comparses (qui au passage lui offre quelques surprises décalées pour clore une tournée à priori très intense, comme par exemple cet « ange » ailé aux oreilles surprenantes descendu du ciel), comme avec son public, joueur amusé et tendre face à des ouailles déjà conquises, explosif lapin duracell bondissant partout, s’agenouillant avec sa guitare dans la plus pure tradition des concerts de rock, sautillant d’excitation, dans une relation fusionnelle, presque charnelle avec tout ce qui l’entoure, matériel, instruments, amis, musiciens, techniciens, public. L’intensité brûlante des deux heures trente de concert ne faiblit pas une seconde, le groupe enchaînant, face à une liesse inébranlable, les chansons les plus emblématiques, À ton étoile, Lazy, Comme elle vient… 

Une liesse populeuse, chaleureuse et electrifiée

Cette parenthèse enchanteresse atteint son apogée aux premières notes de Tostaky. Le Zénith s’enflamme littéralement, la fosse est en effervescence, tout le monde se lève à l’unisson, la résonance, dans tous les sens du terme, est magistrale. Bertrand Cantat offrira d’autres moments forts, un sketch étonnant avec Frah, le leader du groupe Shaka Ponk, où ils finiront tous deux par se jeter dans la foule, image surréaliste, Cantat, porté par une marée de mains humaines, remontera sur scène le tee-shirt déchiré. Rappelé à la fin du concert par un auditoire en transe, le mythique chanteur de Noir Dez’ reviendra chanter Le vent nous portera, et reprendra une dernière fois Tostaky, hymne du groupe s’il en est.
Alors, pour tout ça, pour cette voix unique et sublime, ces musiques folles d’énergie, ces paroles purgatives d’une beauté douce, ces mots parfois tranchants comme une lame, pour ce rock français chaud et débridé, cette métamorphose scénique irradiante, je veux dire à Bertrand Cantat, et à Détroit, que je peux encore garder ton nom, je peux aussi dire que je l’aime.

À écouter : Noir Désir, l’intégrale & Détroit, l’album « Horizons » 


détroit / concert / zenith / cantat

Article réalisé par Elsa Gambin

Publication : Lundi 15 DéCembre 2014

Illustration : Pochette de l'Album de DETROIT

Crédit photo : DETROIT





Commentaires

CEDMC - 19/12/2014 15h13


Frappart - 19/12/2014 16h59



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