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Bilan du FSM 2015 : des droits et du jasmin

Quand y en a plus, y en a encore

Photo d'une assemblée lors du FSM le jeudi 26 mars 2015

Le FSM 2015, c'est déjà fini. Pour les dizaines de milliers de participant-e-s venu-e-s échanger avec les mouvements sociaux du monde entier, il est l'heure de plier bagage et de repartir chez soi, riche de toutes sortes de rencontres, d'expériences et d'apprentissages. Les visages sont fatigués, mais pas las : « Je souhaite que le Forum social mondial ne cesse jamais », lance un militant brésilien.

Cette édition 2015 a été marquée par quelques déconvenues ; cependant, dans un contexte mondial particulièrement sombre, et malgré une couverture médiatique exsangue, le Forum a aussi permis un certain nombre de convergences. Et au-delà, un enrichissement réciproque difficilement mesurable « à chaud ».

Édition 2015 : un bilan en demi-teinte


Si les chiffres exacts varient selon la source du simple au double, une chose est sûre : la participation au FSM est en-deçà de celle de 2013. Il s'agit cependant moins d'un essoufflement du processus que d'une conséquence des inquiétudes sécuritaires, au lendemain de l'attentat perpétré au musée du Bardo. Les Tunisiens n'ont pas peur, et la réouverture du musée, ainsi que la marche symbolique d'ouverture du FSM vers le site, sont là pour en témoigner. Cependant, un certain nombre d'organisations et d'individus ont annulé leur venue. Celles et ceux qui ont fait le déplacement en sont remercié-e-s d'autant plus chaleureusement par les Tunisois, que ces derniers participent au FSM ou non.

Par ailleurs, quelques incohérences ont terni la joie ambiante ; ainsi du traitement des volontaires, véritables petites mains du Forum, qui n'auraient, d'après certaines sources, pas tous été nourris et logés comme promis. À l'issue d'une grève le dernier jour et d'un dialogue avec les organisateurs, leur situation semble aujourd'hui régularisée.

Enfin, certaines luttes de territoires ont directement perturbé le déroulement des activités. Ainsi l'Assemblée des femmes, dès le premier jour, s'est trouvée phagocytée par des hérauts de diverses causes, dont une association de défense de la famille tunisienne (qui s'est opposée au déroulement même des échanges avant d'être évacuée à coups de « dégage ! », cri phare de la révolution), mais aussi des militant-e-s sahraoui-e-s (qui ont interrompu les débats pour faire entendre leur combat). On peut également évoquer la massive délégation officielle algérienne, dont la légitimité a été dénoncée comme problématique par les militant-e-s issu-e-s de la société civile de leur pays. De façon générale, les participant-e-s ont pu dénoter « beaucoup de drapeaux », y compris quand il s'agit de les honnir, comme cela a pu être le cas pour celui d'Israël. Peut-on parler de sabotage sciemment planifié, ou de tensions régionales difficiles à évacuer, couplées à la question épineuse de la construction de l'État ?

Et toi, tu converges ?


Tout cela n'a pas empêché le déroulement de centaines d'activités multilingues et multiculturelles, ainsi que la tenue d'une trentaine d'assemblées de convergence où les rapporteurs des différents ateliers ont mis en commun leurs réflexions pour bâtir un plaidoyer commun. Ce processus a abouti à une Déclaration de l'assemblée des mouvements sociaux. Sans valeur de synthèse définitive, cette déclaration met en avant les grands défis de mobilisation citoyenne pour l'année à venir : climat (COP21), traités de libre-échange (journée d'action le 18 avril), égalité de genre (marche mondiale des femmes de mars à octobre), objectifs de développement durable négociés à l'ONU...

L'enjeu de soutien à la société civile tunisienne, quatre ans après la révolution de jasmin, paraît lui aussi couronné de succès. Les associations et militant-e-s tunisien-ne-s, très nombreux-ses sur le Forum, ont vu leurs luttes galvanisées par l'échange avec des partenaires et des pairs d'autres pays, sur des problématiques aussi actuelles et partagées que l'accueil des réfugiés, l'insertion des jeunes diplômés chômeurs, les partenariats public-privé, les projets d'extraction de gaz de schiste...

Les processus liés au FSM, comme le Forum mondial des médias libres ou le Forum mondial Sciences et démocratie, ont également pu progresser sur leurs agendas respectifs. En somme, ce FSM 2015 placé sur le signe de la dignité et des droits a relevé le défi de faire dialoguer les acteurs de la société civile globale sur les enjeux qui les rassemblent.

L'essentiel est dans les interstices


Mais surtout, le Forum est un espace de rencontres et d'échanges où les interstices revêtent au moins autant d'importance que le contenu du programme officiel. Conversations spontanées à la faveur d'un atelier annulé, activité découverte en passant par hasard, discussion impromptue avec un-e militant-e venu-e d'ailleurs... C'est dans ces angles morts, ces surprises, ces ratés, que se tisse le plus serré la solidarité internationale. Enfants comme adultes parlent de la joie éprouvée à la seule vue de cette foule bigarrée, hétéroclite, de ces sourires, de ces pleurs parfois, parce qu'on a tant de mal à se comprendre, de ces mains tendues. Les participant-e-s ont été assez unanimes sur ce qu'ils retiraient de l'événement : une grande motivation, au vu de l'ampleur des mobilisations sociales planétaires.

Ne reste plus qu'à se remettre de cet éprouvant marathon, digérer toutes les informations reçues, aller découvrir les sites repérés, rester en contact pour mieux agir ensemble... Pour beaucoup, le FSM, ce n'est que le début.


fsm 2015 / forum social mondial / forum social mondial tunis

Article réalisé par Caroline Sordia

Publication : Dimanche 29 Mars 2015

Illustration : Photo d'une assemblée lors du FSM le jeudi 26 mars 2015

Crédit photo : Amine Ghrabi






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