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À toujours, Amis syriens disparus

Alep est tombée face à l’assaut des forces favorables au régime d’El-Assad. La Syrie ne compte plus ses morts. Votre utopie de liberté, douce chimère, s'est éteinte dans l'horreur. L'occident a regardé, son inaction a compté.

Alep est tombée sous les forces armées régulières de Bachar El-Assad

Depuis le temps que l'ignominie est en marche il fallait bien que l'odeur de la poudre, que l'odeur de la chair nous provoque des hauts le cœur. Il fallait bien que tout ce sang, que la vue des morts, que le chaos nous humidifie les yeux. 

Les actes que commettent Bachar El-Assad et ses alliés russes à Alep resteront dans l'histoire comme un crime contre l'humanité. À bas la diplomatie ! À bas les relations internationales s'il ne s'agit que de justifier la passivité. 5 ans à observer, 5 ans à se dégonfler, 5 ans à vous abandonner. 

Vous n'étiez au tout début, amis syriens, que des chiffres, des nombres. Vous étiez une population plutôt lointaine. De votre conflit, nous observions ce vent de révolution ; et puis tous s'est emballé, les versions, de votre soulèvement, de votre rébellion se sont enchaînées, la complexité s'est immiscée. Votre cauchemar était abstrait, nous n'imaginions pas le quart de l'étendue des dégâts. Cependant au gré de certains journalistes, à la volonté de la vérité, vos visages sont apparus, vos discours glaçants ont tenté de réveiller nos consciences. Enfin vous possédiez des visages, des prénoms. Vous n'aspiriez qu'à la paix, vous ne demandiez pas plus que ce que nous, nous avons toujours connu. 
À ceux d'entre vous, qui ont fuit la guerre, j'ai vu certain de ma nation leur refuser l'asile. Si vous aviez été français on aurait appelé ça non-assistance à personne en danger, et c'est puni par la loi. La loi... 

Vous étiez grands, vous étiez beaux en mars 2011 à proclamer de manière pacifique vos revendications, à vous soulever pour la démocratie. Toutefois comme bien souvent la paix appelait la guerre, la révolution armée était inévitable, seulement révolution il n'y a pas eu. 
Le bien ne triomphe pas toujours, il faudra l'apprendre aux enfants. 

Vous étiez démunis, affaiblis, esseulés alors que vous étiez le bien, et nos dirigeants n'ont rien fait, ou trop peu. Quand bien même, l'horreur nous l'avons connu dernièrement, à moindre échelle bien entendu, mais elle aurait dû raviver notre humanisme. Il ne s'agit pas de la banalisation de l'horreur comme certains le martèlent, mais de la banalisation de l'inertie. L'individualisme croissant doit rester cantonné au privé, à l'avancée de sa petite carrière, uniquement, mais pas au recul de la fraternité. 

Ce conflit c'est la mort de l'ONU, votre sang macule leurs mains. L'impuissance nous accable, nous rassure presque. Il est bien plus facile de dire que nous ne pouvons agir, plutôt que prendre la route. Cela fait 5 ans ! Chez nous c'est long 5 ans, alors chez vous.... 
Une amie, Hanadi, m'a dit un jour : « elle était belle ma Syrie », j'ai compris toute la morosité de l'emploi du passé. Je lui ai promis qu'elle la retrouverai, et que ces retrouvailles seraient chargées d'émotion, que nous serions là pour tout reconstruire. Aujourd'hui j'ai surtout compris qu'il fallait cesser les promesses impossibles.
Ce qu'il s'est passé, qui plus est au XXIe siècle est grave, notre empirisme aurait dû nous élever. Car aujourd'hui c'est l'abandon d'un peuple avide de liberté, c'est l'abandon de l'espoir. Notre ère à jamais accolée à la couardise, à la faiblesse d'esprit, à l'abdication, à la honte. 

Aux enfants, aux parents, à votre futur perdu, à l'immortalité de vos visages, à l'insatiabilité de notre peine. À la vie, à la mort, à votre mémoire. À l’universalisme de la liberté, à la quête de la paix. À l'espoir, parce que toujours il faut y revenir. Notre culpabilité doit être érigée, intégrée.
 À Ali, à Omran, à Aylan et j'en passe beaucoup trop.

Le cœur embué, les yeux blessés – ou l'inverse qu'importe, face à l'ignominie la lucidité se taille – je vous demande pardon amis syriens, nous avions la capacité pour vous aider, ils n'en ont rien fait, nous n'en avons rien fait. Nos dirigeants auront votre mort sur la conscience, mais sans doute n'en auront-ils même pas le sentiment car ce soir encore, nous européens, occidentaux, nous nous endormirons dans le silence. 


Article réalisé par Gabriel Orieux

Publication : Jeudi 15 DéCembre 2016

Illustration : Alep est tombée sous les forces armées régulières de Bachar El-Assad

Crédit photo : Image libre de droit, pixabay





Commentaires

Horeau marianne - 16/12/2016 19h33



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