vendredi 19 mars 2010, 06:13:06
La ministre de l’Intérieur a annoncé la création de « brigades de protection aux familles »
Bats ta femme, elle te le rendra. En 2008 plus de 150 femmes ont péri sous les coups de leur conjoint. Hier à Paris se tenaient les assises nationales de synthèse des 1200 forums « vos libertés, votre sécurité, parlons-en ». C’est à cette occasion que la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a annoncé sa mesure visant à lutter contre l’envolée de ces chiffres. Des brigades de protection aux familles, bâties sur le modèle des brigades pour mineurs, doivent être déployées prochainement dans tous les départements. En parallèle des cellules de travailleurs sociaux, délégués aux droits des femmes et psychologues accompagneront les femmes qui ont décidé de briser le silence. N’oublions pas les hommes qui sont de plus en plus nombreux à subir ces agressions. En 2008, 27 d’entres eux ont été tués. Face à la diversité des cas, la mise en place d’une structure d’aide et de répression spécialisée devenait une priorité a affirmé la ministre. Les femmes et enfants sont les premiers touchés mais on assiste aujourd’hui à l’accroissement du nombre de parents maltraités par leurs adolescents. Que les bourreaux soient le (ex)-conjoint, la (ex-)compagne ou l’amant(e), le père, la mère ou l’enfant les premiers motifs de passage à l’acte sont la dispute, le refus de la séparation ou la découverte d’adultère. Bien souvent c’est à l’arme blanche que les agresseurs passent à l’acte.
Aide-toi et le ciel t’aidera ? Le PS reste dubitatif face à cette mesure bien qu’il salue la volonté de lutter contre ces violences. Alors que le gouvernement a prévu une baisse des effectifs de la gendarmerie l’opposition s’interroge quant à l’efficacité de ces groupes. L’année dernière 770 000 personnes avaient déclaré « avoir subi au moins un acte de violence physique hors vol et violences sexuelles au sein de la famille » mais seulement 20% des victimes déposent plainte. Dans ce contexte un problème de dépistage se pose. Comment déceler des comportements anormaux dans une sphère privée alors que la victime se mure dans un silence et craint la répression ? Bien souvent elle se sent coupable et n’ose révéler la vérité pour préserver ses enfants, par crainte des retombées ou du quand-dira-t-on. Enchaînée par une pression psychologique ou la dépendance financière elle pense que sa parole ne sera pas prise au sérieux. A l’inverse, la mise en place de ces brigades pourrait donner lieu à des délations abusives et non fondées. Sur le terrain, l’annonce de cette mesure pourrait néanmoins redonner confiance et force aux victimes pour se libérer de leurs chaînes.
Clémentine Blézeau